La famille de Maskhadov réclame son corps, son successeur désigné


AFP

Moscou. Les proches d'Aslan Maskhadov ont lancé jeudi un appel aux chefs d'Etat occidentaux pour qu'ils interviennent auprès du président Vladimir Poutine afin que le corps du président indépendantiste soit rendu à sa famille, ce que refuse pour l'instant Moscou s'appuyant sur la législation anti-terroriste russe.

"Nous vous demandons avec insistance de faire usage de toute votre autorité pour exiger de la direction russe que le corps du président tchétchène Aslan Maskhadov soit rendu à ses proches et à sa famille", écrivent la veuve du leader indépendantiste et ses deux enfants, dans une lettre publiée sur le site séparatiste kavkazcenter.com et confirmée à l'AFP par Anzor, le fils de Maskhadov.

"Nous supposons que Poutine écoutera votre opinion", soulignent-ils, s'adressant aux "dirigeants des pays de la communauté mondiale".

Akhmed Zakaïev, émissaire à l'étranger du leader indépendantiste Aslan Maskhadov, a par ailleurs confirmé jeudi qu'un nouveau président indépendantiste, du nom d'Abdoul-Khalim Saïdoullaïev, avait été désigné par la rébellion.

"Il y a eu une rencontre hier du comité de défense (des indépendantistes) et une décision a été prise d'annoncer le dernier changement dans les structures du pouvoir en Tchétchénie", a déclaré M. Zakaïev par téléphone à l'AFP, depuis Londres où il est réfugié politique, confirmant le nom d'"Abdoul-Khalim Saïdoullaïev" comme successeur de M. Maskhadov.

Le chef de guerre tchétchène radical Chamil Bassaïev avait annoncé mercredi soir sur un site indépendantiste que "cheikh Abdoul Khalim", une personnalité peu connue de la rébellion séparatiste, succédait à M. Maskhadov.

Selon les fidèles de Maskhadov - qui incarnait l'aile modérée du séparatisme -, M. Saïdoullaïev était un proche d'Aslan Maskhadov, et il prônerait donc les mêmes méthodes de combat que le leader disparu, réfutant la ligne "terroriste" des radicaux.

"C'était une des personnes les plus proches d'Aslan Maskhadov sur le territoire tchétchène. Il était membre du tribunal de la charia", a dit M. Zakaïev depuis Londres où il est réfugié politique, précisant être "confiant dans sa capacité à poursuivre la politique" de Maskhadov.

Abdoul-Khalim Saïdoullaïev est un Tchétchène âgé de 35 ans, a-t-il ajouté, et non un Saoudien comme l'affirment certaines informations, souvent très contradictoires, publiées dans la presse russe jeudi.

"Il est d'Argoun (est de Grozny, la capitale tchétchène)" et c'est "un homme juste en qui Maskhadov voyait quelqu'un pouvant continuer son combat", a également relevé Oumar Khambiev, un autre émissaire d'Aslan Maskhadov, vivant en France.

"J'ai été informé il y a deux ans par le président (Maskhadov) que s'il lui arrivait quoi que ce soit, cette personne prendrait la direction" de la Tchétchénie indépendantiste, a-t-il ajouté, interrogé par l'AFP.

Mais le clan Maskhadov reconnaît aussi ne pas très bien connaître le nouveau promu.

Concernant la remise du corps de Maskhadov, le Parquet général russe l'a dit clairement dès mercredi: le corps de Maskhadov, 53 ans, tué mardi en Tchétchénie lors d'une opération spéciale des services de sécurité russes (FSB), ne sera pas remis à sa famille.

"La législation en vigueur ne l'autorise pas. Aslan Maskhadov, en tant que participant actif au terrorisme international, sera enterré dans une tombe sans nom", dans un lieu qui restera secret et "sans qu'il en soit fait part à ses proches", a déclaré le vice-procureur général Nikolaï Chepel.

Une décision contestée par le célèbre avocat russe Guenri Reznik qui estime qu'elle "ne correspond pas aux normes d'un Etat de droit".

Moscou, qui avait comme l'ensemble de la communauté mondiale reconnu le scrutin par lequel Maskhadov, chef militaire et ancien colonel de l'armée soviétique, avait été élu président de la Tchétchénie en 1997, qui avait négocié avec lui le départ des troupes fédérales à la fin de la première guerre (1994-1996) et l'avait reçu au Kremlin pour signer un traité de paix, ne le considérait plus depuis l'automne 1999 et le début de la deuxième guerre que comme un terroriste.

Mais en Tchétchénie, Maskhadov restait très respecté. Et le refus de remettre son corps à la famille y est très mal perçu. Comme une deuxième mort. Et un affront aux coutumes locales fait par les autorités russes.