La Chine affirme qu'elle n'a pas besoin d'armes européennes


AFP

La Chine a affirmé dimanche qu'elle n'entendait pas acheter beaucoup d'armes à l'Europe si celle-ci lève son embargo, tout en essayant de dissiper les craintes suscitées par la loi anti-sécession sur Taïwan que son parlement s'apprête à voter. "Nous n'avons pas besoin de vous acheter de nombreuses armes sophistiquées. En réalité, nous n'avons pas non plus l'argent pour acheter une grande quantité d'armes très chères qui n'ont pour nous aucune utilité", a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères, Li Zhaoxing, lors d'une conférence de presse. A un journaliste qui lui demandait si la loi anti-sécession que le parlement chinois s'apprête à adopter n'allait pas compliquer la levée de l'embargo de l'Union européenne (UE) sur les armes, M. Li a répondu, l'air très sûr de lui, qu'il se montrait "trop inquiet". "Nous continuons seulement à considérer que cet embargo sur les armes est obsolète, n'a aucune utilité, n'offre aucun avantage et n'est pas approprié dans le cadre du partenariat stratégique global entre la Chine et l'UE", a ajouté le chef de la diplomatie chinoise. "Nous nous opposons à la discrimination politique", a précisé M. Li, dont les propos étaient retransmis en direct sur CNN. La loi anti-sécession rendra illégale toute déclaration d'indépendance à Taïwan. La Chine considère l'île comme une province rebelle et menace de recourir à la force au cas où un Etat distinct de la Chine y serait déclaré. Le porte-parole du parlement chinois avait déclaré la semaine dernière que cette loi, dont les détails ne sont pas encore connus, n'était pas un texte "sur l'usage de la force contre Taïwan". La plupart des pays de l'Union européenne sont aujourd'hui favorables à une levée de l'embargo sur les armes, en place depuis la sanglante répression du mouvement pour la démocratie de la place Tiananmen en 1989 et que Pékin continue à justifier au nom de la "stabilité" du pays. En décembre, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE avaient envisagé que cette décision, qui doit être prise à l'unanimité des 25 pays membres, puisse intervenir d'ici la fin du mois de juin. L'embargo serait alors remplacé par un code de conduite sur les ventes d'armes qui s'appliquera de façon non discriminatoire à tous les pays. Mais ce code ne paraît pas suffisant pour apaiser les craintes des Etats-Unis et du Japon pour la stabilité de la région si les Européens s'autorisent à vendre des armes à la Chine. Le président George W. Bush a exprimé le 22 février à Bruxelles de sa "profonde préoccupation à l'idée qu'un transfert d'armes constituerait un transfert de technologie à la Chine qui changerait l'équilibre des relations entre la Chine et Taïwan", et des parlementaires américains ont évoqué de possibles représailles commerciales contre l'UE. Washington et Tokyo ont aussi déclaré conjointement que les moyens d'aplanir la tension dans le détroit de Taïwan faisaient partie de leur "objectif stratégique commun". M. Li a jugé dimanche que cette déclaration conjointe constituait "une violation de la souveraineté de la Chine et une interférence dans la politique intérieure chinoise". "L'alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon est un arrangement bilatéral qui date de la Guerre froide.

Elle doit rester strictement bilatérale. Si elle dépasse ce cadre, cela va provoquer de l'insécurité en Asie, et compliquer la situation en matière de sécurité dans la région", a ajouté le chef de la diplomatie chinoise.