La Chine adopte une loi de recours à la force face à Taïwan


AFP

Le parlement chinois a adopté lundi à l'unanimité moins deux abstentions une loi anti-sécession prévoyant le recours à la force si Taïwan déclare son indépendance, et que Taipei a aussitôt qualifiée d'autorisation à faire la guerre.

Le texte, également critiqué par Tokyo et Washington, a été défendu par le Premier ministre Wen Jiabao qui a assuré qu'il ne s'agissait pas d'une "loi guerrière". La législation a été votée par 2.896 délégués de l'Assemblée nationale populaire (ANP, parlement), qui voit ainsi confirmer sa fonction de chambre d'enregistrement des décisions du parti communiste au pouvoir. Aucun député n'a voté contre.

Le président chinois Hu Jintao a signé dans la foulée un décret la faisant immédiatement entrer en vigueur. Le texte prévoit trois conditions dans lesquelles "l'Etat devra protéger la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale par des moyens non pacifiques".

Ces conditions seront remplies "si les forces séparatistes de Taïwan provoquent, sous quelque nom ou par quelque moyen que ce soit, une sécession de Taïwan vis-à-vis de la Chine, si un évènement majeur crée une séparation ou si les conditions d'une unification pacifique disparaissent complètement", précise son article 8. L'île, qui compte 23 millions d'habitants, jouit d'une indépendance de facto sous le nom de "République de Chine" depuis la fin de la guerre civile entre communistes et nationalistes chinois en 1949.

Mais Pékin cherche à prévenir toute tentation chez les séparatistes taïwanais de créer un Etat distinct de la Chine. Selon les observateurs, le risque de guerre reste éloigné. "Nous devons partir du principe que la Chine est rationnelle. Une guerre serait trop coûteuse pour le processus de modernisation de la Chine", estime Joseph Cheng, politologue à la City University de Hong Kong.

A Taipei, le porte-parole du gouvernement a néanmoins jugé que cette "législation équivaut à autoriser la guerre", ajoutant que "tous les Taïwanais y sont opposés". Pour le président Chen Shui-bian, elle compromet une amélioration des relations bilatérales intervenue avec les premiers vols directs entre le continent et l'île en 55 ans en février dernier.

Selon la vice-présidente Annette Lu, la loi viole un Traité sur les relations avec Taïwan (TRA) adopté en 1979 par les Etats-Unis au moment de leur reconnaissance diplomatique de la Chine populaire, qui "repose sur l'attente que l'avenir de Taïwan sera déterminé par des moyens pacifiques". Washington s'était également opposé la semaine dernière à l'utilisation de "moyens non pacifiques" et avait jugé que le texte allait "à l'encontre des récentes évolutions vers un réchauffement des relations" entre la Chine et Taïwan.

Dimanche, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, attendue à Pékin dans une semaine, a déclaré que la loi anti-sécession "soulevait clairement des tensions", appelant la Chine et Taïwan à ne "pas prendre de mesures unilatérales pour modifier le statu quo". Enfin, le Japon s'est dit préoccupé et son Premier ministre Junichiro Koizumi a dit espérer que la loi "n'aura pas d'effets négatifs".

Face aux critiques, le Premier ministre chinois Wen Jiabao a défendu le vote du parlement lors de sa conférence de presse annuelle, qui clôture les travaux du parlement. "Cette loi vise à renforcer et à promouvoir les relations de part et d'autre du détroit de Taïwan", a-t-il affirmé. "Elle n'est pas dirigée contre la population de Taïwan et ce n'est pas une loi guerrière", a-t-il ajouté, en précisant que "ce n'est qu'en endiguant et en s'opposant aux forces séparatistes de Taïwan que la paix dans le détroit de Taïwan peut être assurée".

Selon Taipei, la Chine dispose de quelque 600 missiles pointés sur l'île. Les députés chinois ont aussi adopté lundi un budget qui prévoit une hausse de 12,6% des dépenses militaires, à 29,5 milliards de dollars. L'augmentation est du même ordre que celles régulièrement décidées au cours des 15 dernières années par Pékin.