L’Italie s’en va en guerre contre la condamnation à mort


El Watan

Moratoire sur la peine capitale

Trois jours à peine après son investiture au Conseil de sécurité, où elle représente l’Europe occidentale auprès de la Belgique, l’Italie compte exploiter son mandat de deux ans pour faire adopter un moratoire universel qui bannirait la peine capitale dans tous les pays non abolitionnistes.

De quoi satisfaire ceux qui ont soutenu la candidature de l’Italie, qui après avoir obstinément soutenu les réformes du Conseil, auprès d’autres nations (Allemagne, Japon) jusque-là indésirables au Conseil onusien, car puissances vaincues lors de la Seconde Guerre mondiale, s’apprête à défendre des principes humanitaires de sa Constitution, comme le rejet de la peine de mort. Le premier à saluer le geste du gouvernement a été le leader et fondateur du Parti radical, Marco Pannella, qui a finalement accepté de mettre fin à la grève de la faim qu’il avait entamée pour éviter à Saddam la pendaison. L’ironie du sort a voulu que l’ambassadeur de l’Italie auprès de l’Onu, Marcello Spatafora, présente la proposition de son pays au lendemain de l’exécution de l’ancien président irakien Saddam Hussein. Pendaison jugée « barbare » par l’Union européenne. Le gouvernement de gauche italien, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Massimo D’Alema, s’était prononcé clairement contre l’exécution de Saddam, avant que cette dernière ne soit mise en pratique par les autorités irakiennes. Et devant le fait accompli, aussi bien le président du Conseil italien, Romano Prodi, que le chef d’Etat, Giorgio Napolitano, ont fermement condamné l’acte irréparable du gouvernement de Nouri Al Maliki. A leurs voix se sont jointes celle du Vatican et même celle du leader de l’opposition et ancien chef de gouvernement, Silvio Berlusconi, qui avait confié plus d’une fois être « personnellement pour la peine de mort », mais qui a critiqué la mise à mort de Saddam. La délégation italienne à la maison de verre sait qu’elle n’aura pas la tâche facile face à un Conseil de sécurité dont deux membres (les Usa et la chine) sur cinq représentent des pays qui pratiquent la peine capitale et sont connus pour user allégrement de leur droit de veto. Ces deux pays, aux côtés de l’Arabie Saoudite et de l’Iran, exécutent 94% des condamnés à mort dans le monde. La bataille de la diplomatie italienne risque par conséquent de se limiter à un noble et symbolique combat pour dissuader les 69 pays (l’Algérie n’en fait pas partie) qui pratiquent encore activement la peine de mort, selon Amnesty International, d’exercer le droit du Talion. Mais Prodi a assuré que son gouvernement ne baissera pas les bras aux premiers obstacles. N’est-ce pas en Italie que le grand-duc Pierre-Léopold de Toscane, futur empereur germanique sous le nom de Léopold II, fut le premier chef d’Etat à abolir la peine de mort en 1786 ( ?). Il a pourtant fallu attendre 1981 pour que le Parlement européen se prononce pour l’abolition de la peine de mort avec 143 voix pour, 22 contre et 20 abstentions. La Convention européenne des droits de l’homme adoptée au sein du Conseil de l’Europe bannit, elle aussi, la peine capitale, mais n’a toujours pas été signée par la Russie.