Irak: y rester ou pas?


Libération

Un an après le déclenchement de la guerre, le 20 mars 2003, la situation en Irak est loin d'être pacifiée. Les attaques sont le quotidien des forces de la coalition et de la population irakienne. Dernier événement en date, un attentat à la voiture piégée mercredi soir devant un hôtel de Bagdad, qui aurait fait 17 morts et 35 blessés selon l'armée américaine, six tués selon le ministre irakien de l'Intérieur.

Avec l'insécurité permanente en Irak, la menace terroriste réactivée depuis les attentats de Madrid est venue s'ajouter aux arguments qui font douter certains membres de la coalition. Depuis l'annonce du futur président du gouvernement espagnol, José Luis Zapatero, de retirer ses troupes du pays, ce front uni de 34 membres menace de se fissurer. Quelques pays comme les Pays-Bas ou le Honduras ont déjà indiqué qu'ils se désengageraient militairement dans les mois à venir. La Chine, opposée à la guerre en Irak, s'est gargarisée jeudi d'être restée en retrait. «Un an après, la position de la Chine s'avère correcte. La situation en Irak ne s'est pas améliorée. Il y a constamment des attentats», a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Kong Quan.

En Italie, un des plus fidèles alliées des Américains, percent des hésitations. Jeudi, un ministre du gouvernement Berlusconi explique ainsi que «la guerre a peut-être été une erreur». Rocco Buttiglione, le ministre démocrate-chrétien en charge des Affaires européennes, poursuit dans une interview au quotidien Il Messaggero : «Le terrorisme ne peut pas être défait seulement par les armes. Et si nous donnons l'impression que les armes ont le rôle prépondérant, nous ne ferons qu'exciter le sentiment nationaliste des Arabes contre nous». Une position opposée est défendue par Emma Bonino, chef de file du petit parti Radical italien, dans une tribune publiée jeudi par le quotidien Corriere della Sera. (…) «Invoquer les Nations unies risque d'être un pur escamotage si on n'appelle pas les Etats restés en dehors et les Etats arabes à prendre des responsabilités claires, lourdes et sérieuses», estime-t-elle en ajoutant que «la réponse adaptée devrait être tous à Bagdad, tous déterminés à prendre de vraies responsabilités contre le terrorisme». Sévère avec le vainqueur des élections législatives en Espagne, elle poursuit en disant : «Nous ne sommes pas tous des Zapatero. Nous ne devons pas l'être. Nous ne sommes pas et ne pouvons pas être aux ordres de Ben Laden et suivre son agenda politique».

D'autres alliés des Etats-Unis ne nourrissent aucun doute. Comme l'Australie, citée parmi les «valets de l'Amérique», aux côtés de l'Italie, de la Grande-Bretagne, de l'Arabie saoudite, du Japon et du Pakistan, dans un nouveau communiqué daté du 15 mars signé des «Brigades Abou Hafs al-Masri/al-Qaeda» et publié jeudi par le quotidien Al-Qods Al-Arabi. «Nous serons amis avec qui nous voulons et nous ferons des alliances avec qui nous souhaitons en faire», a signifié jeudi le ministre australien des Affaires étrangères, Alexander Downer. «S'ils peuvent casser l'alliance avec les Etats-Unis, ce sera tout au bénéfice d'Al-Qaeda, alors ils font cela dans cet objectif», a-t-il ajouté. «Je suppose que des groupes terroristes veulent semer la confusion à tout prix. On doit empêcher cet objectif (de se réaliser). Nous ne devons pas céder au terrorisme, il ne doit pas gagner», a insisté jeudi le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi, cité par l'agence de presse Jiji. En revanche, la menace terroriste est prise au sérieux et la sécurité a été renforcée autour des aéroports, des centrales nucléaires, des bâtiments officiels et dans les grandes gares de Tokyo.

Pas étonnant, dans ce contexte qu'une phrase stipulant : «Les Etats-Unis et le monde entier sont plus sûrs depuis la chute de Saddam Hussein et de son régime», ait donné lieu aux plus vifs débats entre Républicains et Démocrates au Congrès américain. Cette ligne faisait partie d'une résolution de quatre paragraphes rendant hommage aux troupes américaines et aux Irakiens à l'occasion du premier anniversaire de la guerre. Le texte a finalement été voté par 327 voix contre 93, de nombreux démocrates ayant rejoint la majorité sur ce vote.