Iouchtchenko triomphe au Conseil de l'Europe

Thomas Calinon
Libération

Le président ukrainien a souhaité que son pays soit une passerelle entre l'UE et la Russie.

Strasbourg correspondance. «Le chemin de l'Union européenne n'est pas seulement couvert de roses... Il y a aussi des épines.» Pour sa première visite en Europe occidentale deux jours après son investiture, le président ukrainien Victor Iouchtchenko a fait montre de réalisme face aux parlementaires du Conseil de l'Europe, hier à Strasbourg. «Notre objectif stratégique, c'est l'adhésion à l'Union européenne, la possibilité de garantir le bien-être et la sécurité des Ukrainiens», a-t-il martelé. Cependant, prenant acte des objections de l'UE quant à une adhésion rapide, il a voulu renverser la problématique : «Quand l'Ukraine entrera-t-elle dans l'UE ? La réponse n'est pas à Bruxelles. Elle est à Kiev. Tout dépend de l'ambition et des capacités de l'équipe en place à résoudre les défis d'aujourd'hui.»

Iouchtchenko a commencé par s'offrir un bain de foule sous la neige et les drapeaux orange auprès de la centaine de ses partisans massés sur le parvis du palais de l'Europe. Accueilli dans l'édifice par un tonnerre d'applaudissements, il a ensuite inauguré aux côtés du président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, une exposition photographique sur les révolutions qui les ont portés au pouvoir en 2004. Devant les parlementaires puis la presse, il a égrené les ambitions de son gouvernement : lutte contre la corruption, défense de la liberté de la presse, volonté «de rendre irréversible la démocratie» en Ukraine et de faire jouer au pays un rôle de «passerelle» entre l'UE et la Russie.

«Dans un proche avenir, nous espérons obtenir le statut d'Etat à économie de marché et adhérer d'ici à la fin 2005 à l'OMC», a annoncé Iouchtchenko. Rappelant sa visite, lundi à Moscou, il a dit vouloir conclure «huit à dix accords concrets en 2005» avec le Kremlin, principalement en matière économique et bancaire. «Mais le marché européen est six fois plus important que le marché russe», a-t-il embrayé, souhaitant la création «d'une zone de libre-échange» entre l'UE et l'Ukraine, qualifiée d'«éléphant endormi» en passe de devenir «le marché le plus moderne d'Europe».