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Gérard Chaliand : «Pour un partenariat avec Ankara»
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Le Figaro. Etes-vous en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'UE ?
Gérard Chaliand (1). Non... Important retard économique doublé d'inflation, poids démographique considérable, déficit démocratique malgré les réformes récentes, situation géographique portant éventuellement nos frontières aux portes de l'Iran et de la Syrie : tout milite, si l'on considère que les États se déterminent en premier lieu en fonction de leurs intérêts, à offrir à nos alliés turcs un partenariat privilégié et non une pleine adhésion. Le débat autour de la candidature turque est vicié par la question religieuse. Non, l'Europe n'est pas un «club chrétien». Nous avons plus de musulmans que les États-Unis et nous continuerons à en accueillir. S'imaginer que l'inclusion de la Turquie, alliée quasi exclusive d'Israël au Moyen-Orient, puisse susciter la sympathie à l'égard de l'Europe des Arabes ou d'autres musulmans est faire preuve d'inculture politique.
Le Figaro. L'Ukraine, à son tour, pourrait frapper à la porte de l'UE. Quel jugement portez-vous sur la situation là-bas ?
Gérard Chaliand. L'Ukraine est, depuis une dizaine d'années, le troisième récipiendaire de l'aide américaine après Israël et l'Égypte. Il y a dix-huit mois, le vice-président Dick Cheyney a invité, lors de sa visite à Kiev, l'Ukraine à rejoindre l'Otan et l'Union européenne. Sous cet angle, la crise ukrainienne représente le zénith de l'effort d'amenuisement de l'influence de la Russie à sa périphérie, poursuivie par les États-Unis. L'endiguement, sur lequel était fondée la guerre froide, s'est transformé en refoulement. Les pays hier membres du Pacte militaire de Varsovie sont presque tous aujourd'hui dans l'Otan et l'Union européenne. De surcroît, depuis l'automne 1991, des forces américaines sont cantonnées en Géorgie, en Ouzbékistan, au Kirghizistan. Aussi le pouvoir russe, quelle que soit, par ailleurs, la coopération avec Washington sur divers dossiers, ne peut-il que s'inquiéter de cet accroissement de la présence directe ou indirecte des États-Unis à sa périphérie.
Tout se passe comme si l'objectif de Washington, dès l'effondrement de l'Union soviétique, avait été de ramener la Russie au rang d'une puissance régionale en réduisant l'influence de celle-ci à sa périphérie. Ce processus n'est pas encore terminé, notamment dans les régions où la question nationale est présente. A cet égard, l'Ukraine, avec ses quelque cinquante millions d'habitants, constitue l'enjeu majeur. Moscou, cette fois, ne peut se permettre un recul similaire à celui qu'elle a, récemment encore, subi en Géorgie.
Le Figaro. D'où les récentes critiques de Poutine à l'encontre de Washington ?
Gérard Chaliand. Oui, d'autant qu'à la présence massive des États-Unis en Irak et en Afghanistan s'ajoute la perspective, depuis la réélection de George W. Bush, du projet de restructuration d'un grand Moyen-Orient cher aux néoconservateurs dont l'Asie centrale et le Caucase font géographiquement partie, tout ceci sur fond d'hydrocarbures. L'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui relie la Caspienne à la Méditerranée et passe par des États favorables aux États-Unis devrait, dans un avenir proche, être raccordé aux hydrocarbures du Kazakhstan, à Aktaou sur la rive orientale de la Caspienne.
Le Figaro. Comment voyez-vous l'avenir du projet de «Grand Moyen-Orient» ?
Gérard Chaliand. La réélection de George W. Bush implique la continuation de la politique précédemment suivie mais de façon plus cohérente. Dans le dossier qui concerne le «Grand Moyen-Orient», la Syrie ne représente pas une menace. Sera-t-elle sommée de quitter le Liban ?
Le problème principal, c'est l'Iran. Le programme nucléaire iranien date de la période du chah et a été relancé à partir de 1984 par le nouveau régime. Fondamentalement, l'intérêt de l'Iran actuel est de devenir une puissance sanctuarisée et de limiter, dans la mesure de ses moyens, l'emprise de Washington sur la région. Pour Téhéran, la réalité géopolitique est désormais déterminée par la présence de forces américaines en Afghanistan, en Irak et, de façon plus discrète, en Asie centrale et au Caucase. L'intérêt de l'Iran est de voir se structurer un Irak où les chiites jouent un rôle majeur. Malgré le voisin russe et la lointaine Chine, l'isolement de l'Iran reste préoccupant et il faut toute l'habileté de la diplomatie persane pour écarter ou retarder les mesures de rétorsion agitées à son endroit par les États-Unis à cause de ses prétentions nucléaires.
Le Figaro. Justement, l'Irak : qu'attendez-vous des prochaines élections, en janvier ?
Gérard Chaliand. Elles constitueront un test majeur pour Washington. L'insurrection conserve, vingt mois après l'investissement de Bagdad, des capacités considérables. Cependant, on ne peut négliger le fait que, surtout pour la majorité chiite et pour les Kurdes qui, ensemble, représentent 80% de la population, la perspective d'élections libres est une chance historique que l'Irak dominé par Saddam Hussein ne leur a jamais offerte. Tout le problème est de savoir si l'accroissement, longtemps différé, des troupes américaines et la fiabilité des recrues irakiennes permettront, dans de larges parties du pays de procéder à une consultation qui passera pour globalement légitime. Dans ce cadre, les tribus joueront un rôle non négligeable, y compris en région sunnite. Du côté américain, pour n'envisager que celui-là, le bilan de la gestion du conflit dans sa finalité politique est, jusqu'à présent, médiocre et la guerre psychologique a été perdue lors des révélations du scandale de la prison d'Abu Graïb. Militairement, les pertes américaines qui ne doivent pas être comptées seulement en morts, mais aussi en blessés, voisinent huit mille hommes hors de combat.
Les forces américaines représentent aujourd'hui, de façon paradoxale, à la fois l'élément indispensable à la création d'un Irak post-baasiste et le facteur négatif que constituent des troupes étrangères perçues défavorablement.
Le Figaro. La disparition d'Arafat modifie-t-elle en profondeur l'équation israélo-palestienne ?
Gérard Chaliand. Elle ouvrirait des perspectives pour le règlement du conflit israélo-palestinien s'il y avait une triple volonté d'y aboutir. Du côté américain, en Israël au sein du Likoud, entre autres, et parmi les Palestiniens où Hamas et le Djihad islamique campent sur leurs positions. La nouveauté réside dans la montée de Marwan Barghouti qui représente un interlocuteur possible du côté israélien et le meilleur candidat pour l'OLP.
Mais y a-t-il chez ceux qui pourraient y contribuer à Washington et à Jérusalem une volonté de créer un État palestinien ? On peut raisonnablement en douter. Pourquoi rendre la majeure partie de la Cisjordanie occupée depuis 1967 ? Certes l'occupation contribue à la perpétuation du conflit mais, techniquement, le mur de sécurité s'est révélé, pour l'essentiel, efficace et l'intifada un échec politique. Si les mesures défensives coûtent cher à l'économie israélienne, les conditions créées par l'occupant privent les Palestiniens de toute perspective économique. Le plus probable demeure la continuation du conflit. Il serait surprenant que Washington relance dans les faits la «feuille de route». L'État palestinien, en théorie prévu pour 2005, ne verra pas le jour.
(1) Expert en géopolitique, a récemment publié D'une guerre d'Irak à l'autre (Métaillié 2004).
Gérard Chaliand (1). Non... Important retard économique doublé d'inflation, poids démographique considérable, déficit démocratique malgré les réformes récentes, situation géographique portant éventuellement nos frontières aux portes de l'Iran et de la Syrie : tout milite, si l'on considère que les États se déterminent en premier lieu en fonction de leurs intérêts, à offrir à nos alliés turcs un partenariat privilégié et non une pleine adhésion. Le débat autour de la candidature turque est vicié par la question religieuse. Non, l'Europe n'est pas un «club chrétien». Nous avons plus de musulmans que les États-Unis et nous continuerons à en accueillir. S'imaginer que l'inclusion de la Turquie, alliée quasi exclusive d'Israël au Moyen-Orient, puisse susciter la sympathie à l'égard de l'Europe des Arabes ou d'autres musulmans est faire preuve d'inculture politique.
Le Figaro. L'Ukraine, à son tour, pourrait frapper à la porte de l'UE. Quel jugement portez-vous sur la situation là-bas ?
Gérard Chaliand. L'Ukraine est, depuis une dizaine d'années, le troisième récipiendaire de l'aide américaine après Israël et l'Égypte. Il y a dix-huit mois, le vice-président Dick Cheyney a invité, lors de sa visite à Kiev, l'Ukraine à rejoindre l'Otan et l'Union européenne. Sous cet angle, la crise ukrainienne représente le zénith de l'effort d'amenuisement de l'influence de la Russie à sa périphérie, poursuivie par les États-Unis. L'endiguement, sur lequel était fondée la guerre froide, s'est transformé en refoulement. Les pays hier membres du Pacte militaire de Varsovie sont presque tous aujourd'hui dans l'Otan et l'Union européenne. De surcroît, depuis l'automne 1991, des forces américaines sont cantonnées en Géorgie, en Ouzbékistan, au Kirghizistan. Aussi le pouvoir russe, quelle que soit, par ailleurs, la coopération avec Washington sur divers dossiers, ne peut-il que s'inquiéter de cet accroissement de la présence directe ou indirecte des États-Unis à sa périphérie.
Tout se passe comme si l'objectif de Washington, dès l'effondrement de l'Union soviétique, avait été de ramener la Russie au rang d'une puissance régionale en réduisant l'influence de celle-ci à sa périphérie. Ce processus n'est pas encore terminé, notamment dans les régions où la question nationale est présente. A cet égard, l'Ukraine, avec ses quelque cinquante millions d'habitants, constitue l'enjeu majeur. Moscou, cette fois, ne peut se permettre un recul similaire à celui qu'elle a, récemment encore, subi en Géorgie.
Le Figaro. D'où les récentes critiques de Poutine à l'encontre de Washington ?
Gérard Chaliand. Oui, d'autant qu'à la présence massive des États-Unis en Irak et en Afghanistan s'ajoute la perspective, depuis la réélection de George W. Bush, du projet de restructuration d'un grand Moyen-Orient cher aux néoconservateurs dont l'Asie centrale et le Caucase font géographiquement partie, tout ceci sur fond d'hydrocarbures. L'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui relie la Caspienne à la Méditerranée et passe par des États favorables aux États-Unis devrait, dans un avenir proche, être raccordé aux hydrocarbures du Kazakhstan, à Aktaou sur la rive orientale de la Caspienne.
Le Figaro. Comment voyez-vous l'avenir du projet de «Grand Moyen-Orient» ?
Gérard Chaliand. La réélection de George W. Bush implique la continuation de la politique précédemment suivie mais de façon plus cohérente. Dans le dossier qui concerne le «Grand Moyen-Orient», la Syrie ne représente pas une menace. Sera-t-elle sommée de quitter le Liban ?
Le problème principal, c'est l'Iran. Le programme nucléaire iranien date de la période du chah et a été relancé à partir de 1984 par le nouveau régime. Fondamentalement, l'intérêt de l'Iran actuel est de devenir une puissance sanctuarisée et de limiter, dans la mesure de ses moyens, l'emprise de Washington sur la région. Pour Téhéran, la réalité géopolitique est désormais déterminée par la présence de forces américaines en Afghanistan, en Irak et, de façon plus discrète, en Asie centrale et au Caucase. L'intérêt de l'Iran est de voir se structurer un Irak où les chiites jouent un rôle majeur. Malgré le voisin russe et la lointaine Chine, l'isolement de l'Iran reste préoccupant et il faut toute l'habileté de la diplomatie persane pour écarter ou retarder les mesures de rétorsion agitées à son endroit par les États-Unis à cause de ses prétentions nucléaires.
Le Figaro. Justement, l'Irak : qu'attendez-vous des prochaines élections, en janvier ?
Gérard Chaliand. Elles constitueront un test majeur pour Washington. L'insurrection conserve, vingt mois après l'investissement de Bagdad, des capacités considérables. Cependant, on ne peut négliger le fait que, surtout pour la majorité chiite et pour les Kurdes qui, ensemble, représentent 80% de la population, la perspective d'élections libres est une chance historique que l'Irak dominé par Saddam Hussein ne leur a jamais offerte. Tout le problème est de savoir si l'accroissement, longtemps différé, des troupes américaines et la fiabilité des recrues irakiennes permettront, dans de larges parties du pays de procéder à une consultation qui passera pour globalement légitime. Dans ce cadre, les tribus joueront un rôle non négligeable, y compris en région sunnite. Du côté américain, pour n'envisager que celui-là, le bilan de la gestion du conflit dans sa finalité politique est, jusqu'à présent, médiocre et la guerre psychologique a été perdue lors des révélations du scandale de la prison d'Abu Graïb. Militairement, les pertes américaines qui ne doivent pas être comptées seulement en morts, mais aussi en blessés, voisinent huit mille hommes hors de combat.
Les forces américaines représentent aujourd'hui, de façon paradoxale, à la fois l'élément indispensable à la création d'un Irak post-baasiste et le facteur négatif que constituent des troupes étrangères perçues défavorablement.
Le Figaro. La disparition d'Arafat modifie-t-elle en profondeur l'équation israélo-palestienne ?
Gérard Chaliand. Elle ouvrirait des perspectives pour le règlement du conflit israélo-palestinien s'il y avait une triple volonté d'y aboutir. Du côté américain, en Israël au sein du Likoud, entre autres, et parmi les Palestiniens où Hamas et le Djihad islamique campent sur leurs positions. La nouveauté réside dans la montée de Marwan Barghouti qui représente un interlocuteur possible du côté israélien et le meilleur candidat pour l'OLP.
Mais y a-t-il chez ceux qui pourraient y contribuer à Washington et à Jérusalem une volonté de créer un État palestinien ? On peut raisonnablement en douter. Pourquoi rendre la majeure partie de la Cisjordanie occupée depuis 1967 ? Certes l'occupation contribue à la perpétuation du conflit mais, techniquement, le mur de sécurité s'est révélé, pour l'essentiel, efficace et l'intifada un échec politique. Si les mesures défensives coûtent cher à l'économie israélienne, les conditions créées par l'occupant privent les Palestiniens de toute perspective économique. Le plus probable demeure la continuation du conflit. Il serait surprenant que Washington relance dans les faits la «feuille de route». L'État palestinien, en théorie prévu pour 2005, ne verra pas le jour.
(1) Expert en géopolitique, a récemment publié D'une guerre d'Irak à l'autre (Métaillié 2004).
Inscriptions et contributions 2013
| Giuseppe R. Roma | 590 € |
| Salvatore P. Capistrello | 200 € |
| Giancarlo B. Torino | 30 € |
| Marco B. Merano | 20 € |
| Davide B. Prato | 50 € |
| Giuseppe P. Grottammare | 50 € |
| Maurizio T. Roma | 1.000 € |
| Rosa A. Firenze | 590 € |
| Giuliano G. Sondrio | 590 € |
| Sergio Pasquale R. Cremona | 500 € |
| Total | 326.746 € |
Inscriptions et contributions (online) 2013
Communiqués de presse
Revue de presse
23/03/2005
Le Monde
Marie Jégo
Ankara ne fait plus d'efforts pour réformer depuis l'ouverture des négociations avec l'UE
Documenti
05/05/2000
QUESTIONS (EP) Turquie.
Question parlementaire posée par Olivier Dupuis (TDI) à la Commission et réponse donnée par M. Verheugen au nom de la Commission










