FEMMES, MUTILATIONS ET DÉMOCRATIE

PAR EMMA BONINO *
Le Figaro

Demain, des femmes du monde entier se rassembleront devant le Parlement européen pour protester contre les mutilations sexuelles faites aux femmes. Selon l'Organisation mondiale de la santé, quelque 130 millions de femmes ont subi des mutilations sexuelles ces dernières années.

Depuis 80 ans, les femmes des sociétés démocratiques se sont battues pour être reconnues et traitées comme des citoyennes aux droits identiques à ceux de tous : le droit à la propriété privée, le droit de voter, de travailler, de divorcer, de choisir d'enfanter ou non. Elles ne les ont obtenus qu'à la suite d'une vraie lutte politique. Toutes ces victoires ont grandement contribué à l'avancement de la vie sociale et ont été essentielles dans l'amorce d'une révolution sociale qui a transformé les sociétés occidentales.

A travers le monde, les femmes réagissent contre leurs mutilations sexuelles, sociales, civiles et politiques. Des efforts continus sont faits pour donner un éclairage international à cette campagne.

Aujourd'hui, la plupart des pays africains, arabes et asiatiques entachés par ces traditions de mutilations n'en sont pas moins signataires de conventions internationales qui condamnent cette pratique, et particulièrement la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et la Convention internationale des droits de l'enfant. Mais tous ces efforts louables n'ont pas réussi à contrecarrer le phénomène.

Les mutilations sexuelles infligées aux femmes sont criminelles et créent de vraies victimes, mais qui sont les criminels ? Doit-on incarcérer toutes les femmes qui opèrent ces mutilations ? Doit-on emprisonner les mères quand elles sacrifient volontiers l'intégrité physique de leurs filles sur l'autel de la tradition ? Doit-on imposer des sanctions aux pays qui ne criminalisent pas cette pratique ?

La tradition ne se combat qu'avec la créativité. Toute solution doit s'intégrer dans un effort plus général destiné à sortir les femmes de leur impuissance politique et à leur accorder leurs droits civiques. Une action concertée de cette ampleur doit aller plus loin que le sacro-saint effort d'offrir aux vieilles femmes qui opèrent les mutilations un autre emploi. Nous devons atteindre le domaine du politique, parce qu'il n'existera jamais aucune liberté pour les femmes africaines, arabes ou asiatiques sans l'avènement de la démocratie politique dans leurs pays.

* Eurodéputée et ancien Commissaire européen.