Exit le coiffeur de Bertrix, 10e juré suppléant

RENÉ HAQUIN
Le Soir

On parlait de la guerre des juges entre Liège et Neufchâteau dans le dossier Cools. Dans le dossier Dutroux, c'est la guerre totale entre un procureur et un juge, entre un bloc d'enquêteurs et un autre, avec des coups bas et de lamentables déballages de rancœurs à l'audience, encore amplifiés par les commentaires des partisans d'un camp et de l'autre. L'ancien sous-officier Hervé Marcelle, chargé d'enquêter sur les révélations livrées dès 1993 sous le couvert de l'anonymat par l'informateur Claude Thirault à la gendarmerie de Charleroi, n'a pas manqué de tirer lui aussi sur le chef d'enquête Michel Demoulin.

Pour Hervé Marcelle, Thirault ne disposait d'aucune information pertinente et basait ses déclarations sur ses propres déductions. Thirault avait dit en 1993 que Dutroux, auquel il louait une de ses maisons à Marchienne-Docherie, y avait effectué des travaux dans les caves pour y mettre des enfants en attente d'être expédiés vers l'étranger. Par la suite, il avait rectifié en disant que le percement d'un tunnel entre deux anciennes citernes d'eau de pluie dans deux maisons jumelles de Dutroux à la rue Jules Destrée avait pour but de cacher les produits de vols. Deux perquisitions effectuées en novembre 93 et en décembre 95 n'ont rien révélé d'autre qu'un constat de travaux en cours, qui n'avaient plus évolué de 93 à 95. Marc Dutroux avait parlé d'abaissement des caves pour une salle de bain, de travaux d'égouttage puis d'un projet de piscine.

Claude Thirault (dont l'audition prévue hier a dû être reportée) avait aussi déclaré qu'en 1994, Dutroux lui avait proposé d'enlever deux filles, qu'il lui avait expliqué la technique et lui avait dit que ça rapportait gros.

Une curieuse transaction, l'achat par Dutroux et le paiement cash d'un poêle à Thirault, quelques jours après l'enlèvement de Julie et Melissa, intrigue le 10e juré suppléant qui, se référant à une déclaration de Michelle Martin, demande : Le but de Dutroux était bien de l'attirer à Marcinelle, de lui faire prendre des médicaments et de le liquider comme il l'a fait avec Weinstein ?

Le président... Vous avez bien dit « comme il l'a fait » ?

Le 10e suppléant. Je retire ma question.

Me Magnée, à la défense de Dutroux. Il a bien dit « comme il l'a fait... ». C'est pas possible !

La cour se retire dix minutes puis rend son arrêt : le 10e juré suppléant, Alexius, un coiffeur de Bertrix, ne remplit plus les conditions d'impartialité et est déchargé de ses fonctions. Il sort aussitôt. Le maillon faible...

Les commentaires de la fin d'audience se sont concentrés sur Michel Nihoul, tenu par les avocats des parties civiles pour menteur. Drôle d'informateur de la gendarmerie, dit Me Fermon, l'un des conseils de Lætitia Delhez. Il dénonce un trafic de stupéfiants mais les pilules d'XTC, c'était pour son business. Il va avec Lelièvre chez le gendarme Vanesse mais dit à Lelièvre de ne rien dire sur tout le reste et à Vanesse de ne pas toucher à Lelièvre.

Le procureur du Roi Michel Bourlet souligne les variations dans les versions données par Nihoul tout au long de l'instruction. Il soupçonne Nihoul d'avoir fait tomber un des trafiquants pour détourner le trafic d'XTC à son propre profit.

L'avocat général Jean-Baptiste Andries ne croit pas à l'informateur qui cafte à un service de police pour la beauté du geste. On donne des petits poissons pour laisser nager les gros, dit-il.

Avec Me Magnée, la défense de Dutroux évoque les témoignages des enquêteurs Adam, Drisket, Marcelle, qui ont dit avoir été malmenés par le juge et le chef d'enquête pour en remettre une couche. Julie et Melissa ont été filmées comme des morceaux de fromage en attendant de savoir quels seraient les rats qui viendraient les manger. Nihoul et ce trafic d'XTC, c'est du pipi de moineau sauf si ça a servi à payer l'enlèvement d'une des petites.

Me Frédéric Clement de Clety explique que Nihoul a longtemps nié le trafic d'XTC parce que ce fait n'entrait pas dans le volet de l'enlèvement de Lætitia qui lui était reproché. Nihoul n'a jamais été poursuivi pour association de malfaiteurs dans le volet du trafic de stupéfiants. En 1996, ajoute-t-il, Nihoul était informateur de la BSR de Dinant, et ça ne plaisait ni au juge d'instruction Connerotte ni au procureur du Roi Bourlet.

Il est 19 heures 30. Quand le président Goux annonce qu'il suspend l'audience, un juré intervient et demande s'il sera possible, ce mardi, de visiter toutes la maison de Marcinelle. Etage compris. Le président répond par la négative. La demande se limitait à voir la cache, dans la cave. Rien de plus.

La même demande est reprise par plusieurs aux bancs des parties civiles. Le président fait revenir le directeur-coordinateur de l'arrondissement en charge du dispositif de sécurité prévu à Marcinelle. M. Schul dit qu'une main courante a été prévue pour la descente à la cave, mais il n'est pas certain qu'une autre ait été prévue pour monter à l'étage. Là où plusieurs voudraient visiter la chambre aux lits superposés où Dutroux enchaînait les filles, et la chambre au grand lit, baptisée « calvaire » par Sabine, où Dutroux les violait.