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Evadés de l'enfer nord-coréen
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Assise entre les jambes de sa mère, la petite fille, ses deux couettes dressées sur sa tête penchée en avant, tourne les pages d'un magazine avec les gestes patauds d'une enfant de quatre ans.
Elle les compte à haute voix, puis, arrivée à la fin, elle prend le magazine et le serre contre elle, redressant la tête, souriante. Et apparaissent des yeux vides : elle est aveugle. De cet adolescent, on ne voit d'abord que le sommet du crâne, puis le champ s'élargit : il est assis sur une natte, épaules soumises, genoux sous le menton. Puis la caméra montre ses pieds qui sortent de son jeans : des pieds moignons, sans doigts. Il a eu les orteils gelés au cours d'un séjour en prison. Il a quinze ans.
Les images de ces deux enfants de Corée du Nord font partie de quelque cinq heures d'enregistrement vidéo de témoignages de migrants de la faim, recueillis au cours des deux derniers mois du côté chinois de la frontière avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC) par un membre d'une organisation humanitaire – dont nous tairons le nom pour ne pas risquer de compromettre son action. La trentaine d'interviews, dont plus de la moitié émanent de réfugiés qui ont passé le fleuve Tumen (marquant la frontière sino-nord-coréenne) depuis le début de cette année, révèlent des pans de la vie sous la férule du dernier régime stalinien de la planète.
Ces témoignages sont certes parcellaires, dramatisés peut-être par des gens qui vivent depuis près de dix ans dans le cauchemar d'un système en ruine où la préoccupation quotidienne est la survie, où il est inutile d'aller à l'hôpital parce qu'il n'y a plus de médicaments et que le personnel est occupé à glaner quelque nourriture, et où la seule instance étatique qui fonctionne encore est la répression. Mais il y a dans les yeux de ces réfugiés nord-coréens, dans ces visages marqués, dans des récits parfois confus de gens simples, dont nous avons personnellement rencontré plusieurs dizaines au cours des deux dernières années, le long du "fleuve de la faim" qu'est la Tumen, une vérité de souffrance que l'on ne peut ignorer.
Ces migrants viennent d'un pays en ruine, d'une société sinistrée : ils nous parlent d'hôpitaux sans chauffage, de villes fantômes sans électricité où l'"on ne voit même pas si quelqu'un meurt à côté de vous" et dont l'eau est contaminée, de filles qui se vendent à des marchands de femmes chinois et finissent dans des maisons de passe.
La petite fille aveugle est arrivée en Chine à la fin de l'année dernière avec sa mère et son frère aux pieds gelés pour retrouver le père dont ils étaient séparés depuis 1998. La famille vient du canton de Saepiol (nord du Hamgyong). Le père travaillait dans la mine de charbon d'Aoji. Il est passé pour la première fois en Chine pour chercher de l'aide auprès des organisations humanitaires (essentiellement sud-coréennes) qui travaillent dans la région frontalière chinoise de Yanbian. Revenu bredouille, il repartit avec son fils. Restée seule, la mère dut vendre ce qu'elle possédait et partit en quête de nourriture avec la petite fille. "Nous mangions comme des mendiants : des herbes et des semences, mais après on avait des nausées, des diarrhées", raconte-t-elle. Sous-alimentée, elle n'a jamais eu de lait, et la petite fille, nourrie de bouillie de maïs, fut victime d'avitaminose (insuffisance de vitamines qui peut aggraver une maladie latente) et devint aveugle à huit mois. Les plus démunis mangent un brouet d'écorce, de feuilles et de brindilles, une mixture impossible à digérer qui provoque des occlusions intestinales et des hémorragies internes.
En Chine, à la fin novembre 1999, le père et le fils sont pris et renvoyés ligotés en RPDC. L'adolescent est détenu dans un camp à Onsong, ville minière proche de la frontière où il restera une quinzaine de jours. C'est l'hiver (il fait de –10 à –15ºC, le centre de détention n'est pas chauffé), et il n'a pas de chaussures ; en quelques jours, ses orteils sont gelés. Avec des phrases hachées et des gestes mimant des coups, l'enfant raconte que les jeunes détenus sont battus. Ils étaient une quinzaine, garçons et filles. "Les plus forts volent les autres", dit-il. Relâché, il mendiera de la nourriture dans les marchés en se traînant sur ses genoux. Sa mère finira par le retrouver "gisant dans la rue". Elle le ramènera sur son dos. Les orteils de l'enfant tombèrent d'eux-mêmes, et elle réussit à enrayer la gangrène, qui s'emparait de l'une de ses jambes. Sans ressources, elle décide de passer en Chine, mais le fils a peur de la prison et il disparaît. Et en novembre dernier, elle part seule avec sa petite fille aveugle, traversant la Tumen gelée après avoir payé les gardes-frontières. Le mois suivant, le garçon, retrouvé par un oncle, est envoyé en Chine. Aujourd'hui, cette famille se trouve en Asie du Sud-Est, attendant un visa pour la Corée du Sud.
Son odyssée est révélatrice. Le père (37 ans) est parti en Chine lorsque la mine a cessé de fonctionner: "On manquait de nourriture même avant la mort de Kim Il-sung, en 1994. Après, on nous donnait 5 kilos de riz par mois. On ne peut pas travailler avec si peu. Et on a commencé à voler du charbon que l'on revendait au marché noir. Puis, il n'y a plus eu d'électricité et la mine a été inondée." Son beau-frère est mort d'épuisement un Jour de l'an en essayant d'extraire du charbon : "Il est tombé sur la voie ferrée. Comme il faisait noir, personne ne l'a vu, et un train lui est passé sur le corps." Son oncle, sa tante et le mari de sa cousine ont été exécutés l'année dernière : "Ils avaient si faim qu'ils ont mangé le buffle. Ils étaient paysans, mais le buffle appartient au gouvernement." La mère raconte son lot de deuils : sa sœur de 43 ans et ses deux cousins de 4 et 12 ans morts de faim en mai 1999. Tous dans la province de Hamgyong.
On avait pu penser que l'ouverture diplomatique entamée par la visite à Pyongyang, en juin 2000, du président sud-coréen Kim Dae-jung avait contribué à atténuer la misère. Ces témoignages démontrent qu'il n'en est rien. Ils confirment, au contraire, le tableau dramatique brossé par le médecin allemand Norbert Vollertsen, membre de l'organisation Cap Anamur, qui a été expulsé de RPDC en décembre2000 pour avoir dénoncé une violation quotidienne des droits de l'homme. Ils confirment également la suspicion qu'une partie de l'aide alimentaire étrangère ne parvient pas aux populations les plus menacées en dépit des déclarations rassurantes des responsables des organismes internationaux présents. La plupart des réfugiés interviewés dans ces films proviennent de zones théoriquement couvertes par les organisations internationales, à l'exception de certaines régions pour des raisons militaires.
Au cours de ces deux dernières années, des organisations humanitaires (Médecins sans frontières et Action contre la faim, entre autres) ont quitté la RPDC parce qu'elles estimaient ne pas contrôler l'assistance qu'elles apportaient. D'autres sont restées, ainsi que les organismes des Nations unies. Celles-ci ont déversé une aide considérable sur la Corée du Nord, 635 millions de dollars depuis 1995 pour le seul Programme d'aide alimentaire mondial (PAM), et elles nourriraient 8 de ses 22 millions d'habitants.
En dépit de l'aide massive apportée depuis près de sept ans, la situation alimentaire en RPDC demeure "catastrophique", déclarait en décembre2000 le coordinateur du PAM à Pyongyang, David Morton. Et pour 2001, les Nations unies ont demandé une aide alimentaire de 800 000 tonnes, ainsi que 68 millions de dollars afin de pallier, entre autres, les carences d'un système sanitaire en déliquescence.
"Qu'est-ce que vous mangez ?" La question suscite l'agacement de cet homme que l'on voit de dos. Il est arrivé le 31janvier – la veille de l'interview –, de la ville minière d'Ondok, dans la région de Rajin-Sonbond, port où le régime voudrait créer une zone de libre-échange qui n'attire guère d'investisseurs. "Vous ne savez pas ? Du maïs. Rien que du maïs. Ceux qui ont du pouvoir le mangent en grains comme du riz. Les autres en soupe." C'est la première fois qu'il passe en Chine. Il veut repartir le plus tôt possible avec un peu d'argent : il a laissé sa famille en RPDC et a promis au garde- frontière de le payer. Il était transporteur de bois. Depuis trois ou quatre ans, raconte-t-il, les autorités ne peuvent plus empêcher les mouvements de population, auparavant interdits, et les gens prennent les trains d'assaut sans autorisation ni ticket.
Autrefois, il fallait trois heures pour parcourir les cent cinquante kilomètres entre Musan, ville minière proche de la frontière avec la Chine, et le port de Chongjin, sur la mer du Japon, raconte un jeune de 18 ans qui a fait une vingtaine d'allers et retours à travers la frontière : maintenant, ça prend vingt-quatre heures. Il a été détenu à plusieurs reprises dans les prisons des ports de Nampo et de Chongjin. Ils étaient quarante par cellule et n'avaient droit qu'à 150 grammes de soupe de maïs deux fois par jour, raconte-t-il. "En 1999 encore, j'ai vu mourir douze de mes compagnons. Les récalcitrants sont enchaînés, privés de nourriture et battus à mort. C'est le cas des chrétiens."
Depuis la visite du président Kim Dae-jung à Pyongyang, les prisonniers seraient traités moins brutalement : "En général, si on est pris en allant ou en revenant de Chine, on est interrogé, battu avec des matraques et dépouillé de tout ce qu'on a. Mais il semble que le leader Kim Jong-il ait dit que les réfugiés ne faisaient rien de mal et que désormais on ne bat plus", dit le transporteur de bois. A part cela, il ne constate guère de changement : "Quand Kim Dae-jung est venu, on a eu de grands espoirs. On a pensé que tout allait s'arranger. Et puis rien n'a changé. Aujourd'hui, on n'attend plus rien. On se demande même s'il est vraiment venu." La population accepte-t-elle cette situation ? "Se révolter ? C'est impensable! Si vous relevez la tête, vous êtes fauché. Vous et votre famille", dit-il.
Tous les réfugiés savent que leur pays reçoit une aide étrangère. Mais rares sont ceux qui disent en avoir bénéficié. Le transporteur de bois a entendu à la radio du Sud (dont l'écoute est interdite) que des tonnes de riz étaient arrivées des Etats-Unis et de Corée du Sud. "Je n'en ai jamais vu, et je me demande si le Sud ne ment pas", dit-il. A Chongjin, un jeune a entendu que lorsqu'un bateau transportant de l'aide est déchargé sous la surveillance des inspecteurs des Nations unies, les militaires s'habillent en civil et s'arrangent pour tout rafler. Un autre réfugié de la ville d'Onsong raconte avoir transporté à plusieurs reprises en 1997 et 1998 des sacs d'aide depuis un hangar où ils étaient stockés ("en cas de guerre") jusqu'à une maternelle, en prévision d'une inspection des Nations unies.
L'aide n'est pas distribuée de manière régulière mais à certaines occasions, telles que l'anniversaire de Kim Il-sung et de Kim Jong-il. Pour les médicaments, ceux qui ont de l'argent peuvent s'en procurer sur le marché noir, alimenté par les infirmières et les médecins qui les vendent pour subvenir aux besoins de leur propre famille. Les autres s'en remettent aux herbes médicinales.
Conjugué à la pénurie alimentaire, l'effondrement du système sanitaire décime lentement la population. "Il est inutile d'aller à l'hôpital : on ne vous soignera pas. Et l'on risque en revanche d'attraper une pneumonie car il n'y a pas de chauffage", dit la mère de l'enfant aux pieds gelés. Les hôpitaux sont devenus des "coques vides". Ils manquent du plus élémentaire : désinfectants, seringues, gants de chirurgie. En hiver, on y gèle et, en été, ils sont infestés de mouches et de moustiques. Selon le docteur Norbert Vollertsen, les scènes qu'il a vues dans les hôpitaux (dont des opérations sans anesthésie) l'ont convaincu que "l'aide étrangère ne sert pas à sauver des vies qu'elle devrait sauver" (interview à la Far Eastern Economic Review).
La malnutrition, la raréfaction de l'eau potable et la maladie se combinent et, le plus souvent, celui qui tombe malade ne s'en relève pas. La politique d'ouverture diplomatique dans laquelle se sont engouffrés la plupart des pays européens pour ne pas être en reste avec les Etats-Unis (qui, entre-temps, ont changé de président et de politique) sert des intérêts géostratégiques dont l'unique objectif est la stabilité de la péninsule. Contribue-t-elle à enrayer ce que Tony Hall, membre du Congrès américain, qui s'est rendu en RPDC en novembre, a qualifié de "l'un des plus grands désastres des cinquante dernières années" ? Jusqu'à un certain point – seulement.
Gli iscritti e contribuenti 2012
| FRANCESCA T. MILANO | 200 euro |
| EUFEMIA T. MUGGIO' | 200 euro |
| AMBROGIO S. CASSINA DE' PECCHI | 200 euro |
| PIER PAOLO S. FROSINONE | 200 euro |
| DAVIDE R. MILANO | 200 euro |
| LORENA P. MONZA | 200 euro |
| DAVIDE L. MANTOVA | 200 euro |
| PAOLO G. ROMA | 200 euro |
| MARTA G. ROMA | 200 euro |
| ANNA MARIA D. ROMA | 200 euro |
| Total SUM | 397.572 euro |
Gruppi radicali nel mondo
Communiqués de presse
16/12/2002
Corée Du Nord.
EXISTENCE DE CAMPS DE CONCENTRATION EN COREE DU NORD: L'UNION EUROPENNE NE POUVAIT PAS NE PAS SAVOIR. QUESTION D'OLIVIER DUPUIS
19/10/2002
Corée Du Nord.
COREE DU NORD: L’UE DOIT SUSPENDRE IMMEDIATEMENT TOUT FINANCEMENT DU PROGRAMME KEDO
Revue de presse
Documenti
04/09/2003
Corée Du Nord. QUESTIONS (EP)
Question parlementaire P-2757/03 posée par Marco Cappato (NI) au Conseil et réponse
18/12/2002
Corée Du Nord. QUESTIONS (EP)
Question parlementaire posée par Olivier Dupuis (NI) à la Commission et réponse donnée par M. Patten au nom de la Commission
18/12/2002
Corée Du Nord. QUESTIONS (EP)
Question parlementaire posée par Olivier Dupuis (NI) au Conseil et réponse
07/08/2002
Corée Du Nord. QUESTIONS (EP)
Question parlementaire posée par Marco Cappato (NI) à la Commission et réponse donnée par M. Nielson au nom de la Commission










