EMMA BONINO: "LA CRISE EST STRUCTURELLE




LE FIGARO. - Qu'est-ce qui a permis le déblocage, après six semaines de négociations?

Emma Bonino. - Vendredi, il y a eu accord sur tout sauf les quotas. Après de nouveaux contacts
politiques le samedi, chacun a fait un geste: le Canada a proposé 5.000 tonnes d'ici la fin de
l'année pour nos bateaux, soit plus qu'auparavant; et l'Espagne a cédé sur son principe selon
lequel elle voulait autant que les Canadiens.

Nous avons passé la nuit à rédiger le texte final, et hier matin tout,tait réglé.

Dans votre analyse, y a-t-il un vainqueur et un vaincu?

Pour la Commission, deux points comptaient. Premièrement, nous avons obtenu la restauration
du droit international en haute mer: il y a certes une zone de 200 miles, mais au-delà ce n'est pas
le Far West ou un seul pays serait à la fois policier et juge.

Et deuxièmement, sans recouir à la violence autre que verbale en cours de négociation, nous
sommes arrivés à une distribution,quitable des sacrifices.

Je ne sais pas comment se sentent les Canadiens, mais moi je me sens bien...

La Grande-Bretagne a tout au long du conflit penché en faveur des thèses canadiennes. Est-ce
que la solidarité communautaire a,té mise à mal?

Elle s'est opposée à d'eventuelles sanctions à un stade de négociation ou il n'en,tait pas encore
question. Cela ne m'a pas simplifié la vie pour la suite des pourparles.

Et la semaine dernièere une déclaration des Quinze a du être transformée en texte au seul nom
de la présidence française en raison de l'opposition d'un pays membre.

Je me demande ce que le Royaume-Uni attendrait de la Commission si un de ses bateaux,tait,
par exemple, arraisonné par des Argentins...

Un prochain conflit de pêche est-il préprogrammé?

Nous devons aboutir avant le 1er mai à un accord entre l'Union et le Maroc. D'un c"té, Rabat a
investi dans sa flotte et entend à juste titre exploiter ses richesses. De l'autre, il y a la présence
de 762 bateaux espagnols. Ce ne sera pas facile.

Mais c'est un problème général plus que ponctuel...

La crise est structurelle, et c'est un message difficile à faire passer. Il y a trop peu de poisson et
trop de pêcheurs. Il faut prendre des mesures, même si elles sont douloureus