Elections législatives du 24 février 2002 au Laos




Mldh - Mouvement Lao pour les Droits de l’Homme
Mldh@chello.fr


La République Démocratique Populaire du Laos (RDPL) a décidé d’avancer ses élections législatives au 24 février 2002, dix mois plus tôt que prévues. Cette décision, prise tardivement et dans le plus grand secret, n'a été rendue publique que fin 2001 et n’a pas permis à la RDPL de respecter ses propres textes législatifs.

Ainsi, selon l’article 11 de la loi électorale de la RDPL, la liste des candidats doit être annoncée "au moins 60 jours" avant la date des élections. Au 23 décembre 2001, cette liste n’était toujours pas connue et n'a été rendue publique que dans la deuxième semaine de janvier 2002, à peine plus de 30 jours avant la date du scrutin. Quant au Comité électoral national - qui conformément à l’article 21 doit être promulgué "au moins 120 jours" avant la date des élections - il ne l'a été annoncé à la population par l'agence KPL (organe officiel du Parti) que le 15 novembre 2001, soit 20 jours trop tard. Quant aux comités locaux, qui doivent être connus "au moins 90 jours" avant la date des élections, personne ne sait avec certitude quand ils ont été mis en place... Le secret, l'opacité et l'arbitraire demeurent le lot quotidien plus de 26 ans après l'arrivée au pouvoir du Parti unique.

I . Les élections législatives du 24 février 2002 seront-elles différentes de celles du 21 décembre 1997 ?

Toute élection suppose choix, choix entre deux ou plusieurs idéologies, choix entre deux ou plusieurs méthodes pour gérer le pays, choix entre deux ou plusieurs partis politiques. Sur ce point, il n’existe aucune différence entre les élections de 1997 et celles de 2002. Tout reste sous l’emprise du Parti unique de l’Etat, le Parti Populaire Révolutionnaire Lao.

Pour 2002, l’article 9 de la loi électorale stipule toujours que le Parti communiste au pouvoir et les organisations affiliées au Parti unique sont seuls habilités à désigner et à valider les candidats aux élections législatives, selon des critères spéciaux fixés par le Parti dans l'article 8.

Autre particularité et non des moindres, c'est l’actuel Président de l’Assemblée Nationale, membre du Bureau politique du Parti et aussi candidat à sa réélection dans la circonscription de Champassak, le général Samane Vignaket, qui préside (comme en 1997) le tout puissant Comité électoral national. C'est ce Comité qui est chargé de l'organisation des élections: de la campagne jusqu'à la proclamation des résultats, en passant par le déroulement du scrutin et le comptage des voix…

Pour 109 sièges à pourvoir dans 18 circonscriptions (10 sièges de plus qu’en 1997), il y a 166 candidats dont 51 sortants. Le nombre des femmes et des minorités ethniques reste sensiblement le même: 134 hommes pour 32 femmes (contre 132 pour 28 en 1997), 114 Lao Loum, 36 Lao Theung et 16 Lao Soung (contre respectivement 113, 29 et 18). Seul élément nouveau : on note beaucoup plus de responsables locaux et moins de responsables nationaux du Parti parmi les candidats désignés.

Comme en 1992 et 1997, la quasi-totalité des candidats sont membres du Parti Populaire Révolutionnaire Lao ou membres des organisations affiliées à ce Parti unique comme le Front Uni pour la Construction Nationale, la Fédération des Femmes Lao, La Jeunesse révolutionnaire et la Fédération des syndicats.

Les quelques candidats, considérés comme non membres du Parti, sont choisis en fonction de leur "docilité" sans faille au régime. Le profil type de ces candidats sont des directeurs ou sous-directeurs des usines électriques, des centres hospitaliers, des collèges et des écoles techniques. Comme pour les élections de 1997, y figure aussi un échantillon du "milieu économique ", des "chefs d’entreprise" dévoués au Parti unique tel que le patron de la société des autobus de Vientiane.

Dans la région de Vientiane (hors municipalité), parmi les 9 candidats, dont une femme, en lice pour 6 sièges,

6 sont membres du Parti unique, dont 2 députés sortants et 1 colonel de l’armée,

1 est membre de la Fédération des Femmes Lao

1 est est membre du Front Uni pour la Construction Nationale (organe du Parti unique),

1 est sous-directeur du barrage de Nam Ngum

Dans la Zone Spéciale de Saysomboun, au nord du pays, les 5 candidats pour 3 sièges, sont tous membres du Parti unique.

A Attapeu, dans le sud, des 5 candidats pour 3 sièges,

3 sont membres du Parti unique,

1 est présidente de la Fédération des Femmes lao à Attapeu,

1 est responsable de l’éducation de la province de Attapeu.

Dans la province de Luang Namtha, au nord du Laos, pour 3 sièges, les 5 candidats en lice sont tous membres du Parti unique.

Dans la province de Luang Prabang, des 12 candidats pour 8 sièges, il y a:

11 membres du Parti unique,

1 responsable de la Santé à Luang Prabang,

Dans la province de Champassak, des 18 candidats pour 12 sièges,

16 sont membres du Parti unique,

1 est responsable des travaux publics de Champassak,

1 est responsable d’un centre hospitalier de Champassak.

Dans la province de Phongsaly, des 5 candidats pour 3 sièges,

4 sont membres du Parti unique,

1 est présidente de la Fédération des Femmes lao.

Dans la province de Saravane, les 9 candidats pour 6 sièges sont tous membres du Parti unique.

Dans la législature actuelle, parmi les 99 députés, un seul ne serait pas membre du Parti unique. Pareilles à celles de 1997, les élections du 24 février 2002, offriront le même choix au peuple : le choix des candidats appartenant au Parti unique, aux organisations affiliées au Parti unique ou travaillant en étroite collaboration avec le Parti unique, le Parti Populaire Révolutionnaire Lao.

Le fait que les candidats doivent être de nationalité laotienne a mis fin aux illusions chez certains groupes de la diaspora laotienne qui se sont mobilisés en 2001 pour se préparer aux prochaines élections législatives du Laos, ignorant que la RDPL ne les reconnaît plus comme citoyens laotiens. Pareilles à celles de 1997, les élections du 24 février 2002 donneront une image grandeur nature d’un dicton laotien apparu depuis les années 80 : ‘’ Le Parti choisit ses candidats. La population choisit le Parti. ‘’.

II - Pourquoi avoir avancé les élections de 10 mois ?

Seules des questions peuvent être proposées à cette question.

pour résoudre des rivalités entre plusieurs groupes à l’intérieur du Parti ?

pour apaiser la colère du peuple en élargissant les candidatures aux échelons locaux ?

Donner ainsi l’impression d’une ouverture dite démocratique, mais qui en fait, est une ouverture uniquement au sein du Parti.

pour, une fois de plus, tenter d’envoyer une image d’un Etat démocratique aux pays et institutions donateurs ?

III - Les droits de l’homme seront-ils respectés après les législatives du 24 février ?

Les élections du 24 février 2002 vont-elles donner le droit d’expression aux Laotiens ?

Des centaines de Laotiens ont disparu ou essaient de se raccrocher à la vie dans diverses prisons du Laos pour avoir appelé pacifiquement à un Laos démocratique.

La manifestation pacifique du 26 octobre 1999 appelant à un changement démocratique du pays a été suivi de l’arrestation d’une centaine de personnes dont Thongpaseuth Keuakoune, SengAloun Phengphanh, Bouavanh Chanmanivong, Khamphouvieng Sisa-At et Kèochay, dont nous sommes à ce jour sans nouvelle. Où sont –ils ? Sont-ils toujours vivants? Sont-ils tous vivants?

Les manifestations pacifiques du 17 novembre 2000 et du 28 octobre 2001 dans la province de Champassak ont abouti, également, à des arrestations et à des disparitions.

Après plus de 2 années de mutisme et d’indifférence totale concernant le sort des 5 militants pour la démocratie arrêtés le 26 octobre 1999, la RDPL va-t-elle subitement changer d’attitude et procéder à leur procès ? Quel genre de procès ? Un semblant de procès semblable à celui donné aux 5 Européens dont un membre du Parlement Européen emprisonnés pendant 14 jours à Vientiane pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie au Laos le 26 octobre 2001 ? Allons-nous voir défiler des manifestations pour la démocratie au Laos sans que les manifestants ne soient arrêtés ?

La presse sera-t-elle libre au Laos après le 24 février 2002 ?

Le projet de loi sur la presse devant être étudié à la prochaine législature fait mention d’une nouvelle ligne du Parti Populaire Révolutionnaire Lao.

L’article 2, paragraphe I, de ce projet de loi confirme que les informations doivent être ‘’la voix du Parti et de l’Etat’’.

L’article 3, alinéas 4, paragraphe I, ‘’interdit aux groupes ou aux individus de se servir de leur droit d’expression pour parler ou écrire en public contre les intérêts de l’Etat’’.

L’article 4, paragraphe III, demande à la presse de ‘’informer, faire la propagande, défendre la ligne et la politique du Parti, les lois de l’Etat... ‘’.

L’article 13, paragraphe IV, demande aux associations de journalistes de ‘’être solidaires dans leurs professions pour servir la politique du Parti...’’.

L’article 24, paragraphe V, interdit aux journalistes de ‘’critiquer et attaquer la RDPL’’.

Les élections du 24 février 2002 vont-elles accorder la liberté de religion aux Laotiens, surtout à la minorité chrétienne ?

Les intimidations pour empêcher les chrétiens de se rendre à leur église pour prier, les portes des églises barricadées par les autorités (comme les 3 églises de Songkhone, province de Savannakhet en octobre 2001), les menaces d’arrestation en cas de refus de renoncement officiel à la foi chrétienne, les arrestations, les meurtres des chrétiens (comme celui du révérend Thongla à Sayaboury le 5 novembre 2001) vont-ils disparaître après le 24 février 2002 ?

Les élections du 24 février 2002 vont-elles changer la vie des minorités ethniques ?

Les Hmong vont-ils être encore déplacés par villages entiers, par la force, des montagnes vers les plaines? Prétextant des mesures écologiques, l’ethnie Hmong, peuple farouchement anti-communiste, va-t-elle être encore déplacée et encore servir de raison à la RDPL pour recevoir des millions de dollars en faveur des campagnes contre la drogue ?

Ces déplacements sont effectués sans présence des autorités de l’ONU. D’ailleurs, les bureaux de l’UNHCR, qui étaient restés au Laos pour veiller aux réfugiés laotiens rapatriés de Thaïlande, ont quitté le pays à la fin de 2001.

Les élections du 24 février 2002 vont-elles pouvoir mettre fin aux coopérations militaires, économiques et politiques entre la RDP du Laos et la RDP du Vietnam ?

Parallèlement aux répressions et aux violations des droits fondamentaux de l’homme, les Laotiens souffrent profondément de la présence des Vietnamiens au Laos, à tous les niveaux : politique, militaire, économique, social.

A la fin de 2001, la RDPL a encore demandé au Vietnam d’envoyer des troupes armées pour combattre la résistance armée dans la Zone Spéciale de Saysomboun.



IV - Le Laos après les élections du 24 février 2002

Dans leur silence, étudiants, enseignants, corps médical, fonctionnaires, monde agricole, ménagères et même militaires, tous désirent désespérément des changements démocratiques, tous aspirent à un autre modèle de gestion du pays, mais, tous, pensent que les élections du 24 février 2002 n’apporteront rien et ne changeront rien.

Les Laotiens sont conscients qu’ils ne pourront pas boycotter les élections du 24 février 2002, le vote étant obligatoire, et les absents sanctionnés. Craignant des troubles incontrôlés, le gouvernement a demandé aux Laotiens de rester dans leur circonscription le 24 février. Dans les villages, il est interdit d’aller à la pêche ou à la chasse ce jour là.

Les Laotiens savent qu’une fois encore, au lendemain du 24 février 2002, la voix officielle de la RDPL annoncera une participation nationale de plus de 99% et les candidats choisis par le Parti unique seront une fois de plus, élus à 99% ; une manière de démontrer à ceux qui veulent le croire que les Laotiens sont extrêmement satisfaits de leur pauvreté et approuve à 99% leur manque de liberté et les erreurs de gestions socio-économiques de leurs dirigeants et du Parti.

Les élections passent, se ressemblent … et le Parti reste.

Trop de pouvoirs à conserver, trop de liens avec le Vietnam, trop de corruptions ancrées à tous les niveaux, trop de pauvreté, trop de problèmes économiques et sociaux rendent impossible une évolution démocratique sans casser le régime en place.

Avec les aides des pays donateurs, avec les aides des différents programmes de l’ONU, avec les aides de la Banque Mondiale ainsi que de l’Asean Bank of Development (ADB) et du Fond Monétaire International, malgré et contre la volonté du peuple lao, ce régime à Parti unique continuera encore après les élections du 24 février 2002.

Mais pour combien de temps ?