Dutroux - Le nouveau témoignage va à l'encontre du dossier (Langlois)


La Dernière Heure

Pour le juge d'instruction Jacques Langlois, ce témoignage est fort tardif et ne rencontre pas les conclusions de l'enquête.

ARLON Un nouveau témoin, qui dit avoir assisté "de manière fugace" à l'enlèvement de Julie et de Mélissa le 24 juin 1995 à Grâce-Hollogne a été évoqué dimanche lors de l'émission Controverses par la députée libérale Jacqueline Herzet, ancienne membre de la commission d'enquête parlementaire Dutroux et consorts, a précisé "Le Soir" lundi matin. Pour le juge d'instruction Jacques Langlois, ce témoignage est fort tardif et ne rencontre pas les conclusions de l'enquête.

Jean-Marie J. a déclaré le 13 février 2002 qu'il avait vu, le 24 juin 1995, en fin d'après-midi, vers 17H00, alors qu'il circulait sur la E42 vers Namur, deux hommes aux cheveux courts noirs et deux enfants sur le pont surplombant l'autoroute E42, à Grâce-Hollogne.
L'un des enfants courait vers l'extrémité du pont, l'autre était ceinturé par l'arrière et agitait ses petites jambes. Le témoin dit aussi avoir vu le contour d'une camionnette de couleur claire. Il se rappelle "les cheveux sautillants d'un des enfants".

S'il a témoigné en 2002, soit plus de 6 ans après les faits, c'est parce qu'il pensait que la justice n'avait pas besoin de son témoignage. Il pensait que l'auteur des faits dirait la vérité. Ce n'est qu'en apprenant via les media que Gino Russo ne savait pas comment les fillettes avaient été enlevées qu'il a décidé d'apporter son témoignage.

Jean-Marie J. n'a jamais été entendu à la suite de ces déclarations. Pour Jean-Denis Lejeune, qui avait fait part de ce témoignage aux procureurs du Roi Bourlet et Andries lorsque le volet Julie et Mélissa a été examiné par la cour, il est normal que, vu la manière dont le dossier a été traité, ce témoignage n'ait pas été pris en compte. "C'est la suite logique", a-t-il regretté. "La thèse des enquêteurs est que Mme Henrotte, qui dit avoir vu l'enlèvement des gamines devant chez elle, est le seul témoin des faits. J'ai essayé de prouver, notamment avec le maître-chien, que ce n'était pas possible mais je n'ai rien pu faire.

Le président Goux, qui laisse parler les gens sans interroger les accusés, ne confronte personne.
Comment faire dans ce cas ? Même si ce témoin vient témoigner, cela ne changera de toute façon rien. On ne saura sans doute jamais ce qu'il s'est passé", a commenté amèrement le papa de Julie, précisant que ce témoignage figure au dossier.

Le juge d'instruction chestrolais Jacques Langlois a quant à lui remarqué que ce témoignage était certainement arrivé au dossier alors qu'il s'en était dessaisi pour le renvoyer en chambre du conseil.
Pour lui, de toute manière, ce témoignage semble fort tardif pour être crédible. "De plus, il va à l'encontre des conclusions de l'enquête", a-t-il précisé.

Les conseils de Nihoul revendiquent l'acquittement

La défense de Michel Nihoul a conclu lundi du témoignage du chef d'enquête Raymond Drisket que le jury devait acquitter son client de l'enlèvement de Laetitia Delhez car il y avait un doute. Les conseils de parties civiles et de Marc Dutroux arrivent à des conclusions différentes. Me Xavier Magnée, avocat de Marc Dutroux estime que ce témoignage montre que le juge d'instruction Jacques Langlois n'a voulu envisager que la piste du prédateur isolé.

Me Xavier Attout a souligné que M. Drisket, entendu jeudi par la cour d'assises, n'avait pas été objectif. Il a cependant conclu qu'il n'était pas exclu que Michel Nihoul n'était pas à Bertrix le 8 août 1996, veille de l'enlèvement de Laetitia, a dit Me Attout. M. Drisket, a ajouté l'avocat, a dit qu'il «ne nous est pas permis d'établir qu'il n'y a pas de lien entre le trafic avéré de drogue et les enlèvements d'enfants ». Pour Me Attout, il faut dès lors acquitter Michel Nihoul au bénéfice du doute.

Me Georges-Henri Beauthier, avocat de Laetitia Delhez, retient de M. Drisket que les coups de téléphones que Michel Nihoul dit avoir donnés le 8 août 1996 ne prouvent rien. «A une téléphonie qui sonne faux, je préfère des témoignages incertains faisant état de la présence de Michel Nihoul à Bertrix », a dit Me Beauthier. Une opinion qui n'est pas partagée par le second avocat de Michel Nihoul, Me Frédéric Clément de Cléty qui a souligné que «tous ces témoignages s'excluent mutuellement ».

Pour Me Xavier Magnée, le témoignage de M. Drisket, qui est entré en conflit avec le juge Langlois, s'additionne aux témoignages d'autres policiers qui n'avaient pas été suivis par le juge d'instruction. Pour l'avocat, M. Langlois a décidé que tout ce qui menait à la vérité et à l'association de malfaiteurs devait être écarté. Pour Me Magnée, tout ce qui est complet est dit périphérique par le juge. «Le prédateur isolé, c'est ce crouton de pain que l'on donne pour la famine générale », a dit au jury Me Magnée, pour qui ce procès est devenu «artificiel, si pas impossible »