DJIBOUTI, FER DE LANCE DE LA LUTTE CONTRE LES MUTILATIONS GENITALES


La Nation

Les 2 et 3 février prochain, le Palais du Peuple de Djibouti accueillera une Conférence sous-régionale sur les mutilations génitales féminines (MGF) Et l'objectif est ambitieux : obtenir un double consensus, politique et religieux, pour contre ces pratiques barbares.

Trois lettres pour un fléau : MGF. Mutilations Génitales Féminines. Un chiffre aussi : 98% Le tout pour illustrer une triste réalité : à Djibouti, 98% des femmes âgées de 15 à 45 ans sont encore concernées par les mutilations génitales. Infibulation, sunna, excision féminine…la diversité des appellations ne doit plus dissimuler un drame commun à tout le continent africain, où environ 130 millions de femmes et d’enfants en sont victimes, dans une trentaine de pays.

Face à de tels chiffres, on saisit toute l’importance que revêt la Conférence sous-régionale qui se tiendra les 2 et 3 février au Palais du Peuple de Djibouti. Une initiative conjointe du Gouvernement de Djibouti et de No Peace Without Justice association internationale qui lutte en faveur des Droits de l’Homme et de l’Etat de Droit. Avec l’objectif « vers un consensus politique et religieux pour l’abandon des MGF », brandi comme slogan, la Conférence affiche son ambition : en finir, une bonne fois pour toutes, avec les mutilations génitales, en mobilisant les plus hautes autorités politiques et religieuses, non seulement de Djibouti, mais aussi de toute la sous-région de la Corne de l’Afrique. A leur tête, S. E. Madame Kadra Mahamoud Haid, Première Dame du pays, marraine officielle, qui présidera aux débats. Construite autour de deux sessions parallèles, cette Conférence entend parvenir à un double consensus, politique et religieux, pour condamner fermement, et définitivement, les MGF. Un double consensus, pour mener le combat sur les deux terrains de prédilections des MGF : le flou politique et l’instrumentalisation religieuse.

La lutte politique, d’abord, pour que la volonté de longue date du Gouvernement djiboutien soit enfin officialisée au niveau international. A ce niveau là, l’action du Gouvernement ne date pas d’hier : en 1995, déjà, le code pénal était modifié, réaffirmant l’illégalité des mutilations génitales et renforçant les sanctions prévues. En 2003, Djibouti franchissait un cap supplémentaire, en signant le Protocole de Maputo. Créé pour assurer un cadre légal aux droits de la Femme en Afrique, ce protocole condamne et interdit clairement les mutilations génitales. Portée par le dynamisme de son équipe du « Programme de Santé Reproductive », épaulée par les différentes agences de Coopération locales, et internationales, l’action du Gouvernement a pu se construire une assise solide, ancrée dans l’action communautaire. Car si les responsables politiques semblent s’accorder sur la nécessité du combat, c’est au sein des foyers djiboutiens qu’il faut faire circuler le message. Cela demande du temps et de l’abnégation, pour contrer ce solide mélange de religion et de coutume, qui cimente les fausses convictions. Non, mutiler une jeune fille ne la protègera en rien de l’impureté. Oui, la mutilation est illégale, car dangereuse et contraire aux droits de la personne. C’est une agression physique et morale, que rien ne justifie, certainement pas la religion. Et c’est là, que se dresse le second front : car au niveau religieux, force est de constater qu’aujourd’hui encore, certaines interprétations erronées du Coran tendent à justifier la pratique des mutilations génitales. Cette lecture fausse en est d’autant plus dangereuse, qu’ elle s’appuie sur une méconnaissance des hadiths (textes religieux). Si les éminences religieuses de l’Islam déclarent en cœur que nulle part, le Coran ne recommande les mutilations génitales, alors une importante barrière sera tombée. Et pour insuffler plus de force encore à cet élan, d’éminents théologiens de l’université Al-Azhar du Caire seront présents à la conférence. Des spécialistes reconnus qui ne manqueront certainement pas de rappeler que dans d’autres pays musulmans, les mutilations génitales ne se pratiquent pas, justement car elles n’ont aucun lien avec le Coran.

La conférence sous-régionale des 2 et 3 février prochain devrait donc marquer d’une pierre blanche l’histoire de la lutte contre les mutilations génitales féminines : en ratifiant le Protocole de Maputo, Djibouti sera le premier Etat de la sous-région – massivement touché par ce fléau – à s’engager de façon internationale contre les MGF. Et en réunissant les autorités religieuses de différents pays, pour renier les justifications coraniques, l’Islam en sortira grandi, affranchi de ces fausses incitations à la barbarie.

C’est donc un costume tout neuf que Djibouti s’apprête à endosser : celui d’exemple, pour toute la sous-région, moteur d’une évolution des mœurs. Un statut impressionnant, peut-être, pour un pays de moins d’un million d’habitants, mais un statut tellement valorisant.