Djibouti contre toutes les excisions

ClauGuibal
Libération

Des youyous, des boubous colorés qui dansent dans tous les sens, des larmes de joie. «C'est un premier pas!» se réjouit Nadira Abdallah, sage-femme : le ministre des Waqfs, principal responsable religieux djiboutien, vient de déclarer qu'il interdit fermement et sans réserve toutes les formes d'excision. Furieux, des oulémas quittent la salle. Organisé début février à Djibouti par le gouvernement et l'association No Peace Without Justice, de la députée européenne Emma Bonino, ce colloque contre l'excision avait pour but d'obtenir un consensus religieux contre les mutilations génitales féminines.
Si les origines de l'excision se perdent dans la nuit des temps, certains estiment pourtant qu'elle aurait valeur d'obligation religieuse. «Les femmes ne savent que trop bien les conséquences horribles de l'excision, mais elles font exciser leurs filles car elles pensent que l'islam le prescrit», explique Naïma Omar, responsable du comité de lutte djiboutien contre les pratiques traditionnelles néfastes.
Tous les responsables religieux s'accordent à considérer l'infibulation comme un crime. Mais certains estiment que ce n'est pas le cas de la suna, l'ablation clitoridienne simple. Le cheikh Mohammed Amin, un ouléma de Djibouti, le martèle : «La suna est une règle de la charia, au même titre que la circoncision des garçons. Pendant longtemps, il n'y a eu aucune polémique à ce sujet. Mais nous vivons l'ère de la subversion!»
Pendant deux jours, réuni avec une quarantaine d'autres chefs religieux, le cheikh Mohammed a parlé plaisir féminin, Coran et longueur de clitoris. Un débat de rhétorique et de théologie imperméable aux néophytes. Pour nombre d'oulémas, le commandement coranique de respect du corps et de la santé doit l'emporter. C'est aussi l'avis du gouvernement djiboutien, qui, en ratifiant le protocole de Maputo, devient le neuvième pays africain à s'engager pour les droits de la femme et son intégrité physique.