"Décembre noir" pour les chrétiens du Laos


MLDH

Les chrétiens du Laos ont connu un mois de décembre 2004 particulièrement difficile, marqué par une intensification inhabituelle de la répression à leur encontre dans plusieurs provinces du pays, notamment celle de Vientiane et dans l'agglomération même de la capitale, selon des informations fiables parvenues au Mouvement Lao pour les droits de l'Homme (MLDH).

Ainsi, dès la fermeture des portes du Sommet de l'ASEAN le 30 novembre 2004 à Vientiane, les autorités de la République démocratique populaire Lao (RDPL) ont visiblement lancé une campagne anti-chrétienne: intimidations, menaces, harcèlement, violences pour obliger les fidèles à renoncer à leur foi, interdiction de se réunir pour fêter Noël... Les chrétiens du Laos ont connu un bien triste "décembre noir".

A Muang Nane, province de Luangprabang (nord), sur ordre du chef du district, la police a obligé les chrétiens de cette ville à renoncer au Christ. Le pasteur local, le révérend Gnai a été arrêté et placé en détention, tandis que deux autres responsables chrétiens ont dû payer 15 dollars d'amende chacun, soit presque l'équivalent d'un salaire mensuel pour un Laotien moyen.

Dans la province de Vientiane, le responsable chrétien du village de Doun Ian, district de Saythany, a lui aussi reçu l'ordre de renier sa religion, et interdiction a été faite aux fidèles locaux de ne pas célébrer la Fête de Noël. Ce fut le cas aussi à Ban Na Bien, situé dans le même district, et à Ban Viengkham, district de Sikhottabong où des soldats ont empêché les chrétiens à tenir des réunions de prières.

Enfin, le 12 décembre, quatre soldats du villages Phou Dindeng, district de Muong Samphanh, province de Phongsaly (nord) ont donné l'ordre aux chrétiens d'interrompre les séances de prières, menaçant d'exécuter plusieurs fidèles en exemple, s'ils ne renonçaient pas à leur foi.

Pour le MLDH, ces incidents répétés semblent démontrer l'existence d'une action concertée contre des chrétiens. Ces atteintes inacceptables à la liberté de croyance, ainsi que les violations constantes des droits fondamentaux du peuple laotien dans le domaine politique, économique, social et ethnique, démontrent encore une fois que les dirigeants du régime totalitaire continuent de pratiquer le double langage et de piétiner en toute impunité les droits de l'Homme. Lors d'une cérémonie de voeux aux dirigeants présentés le jour de Noël par une délégation de chrétiens, un vice-Premier ministre a averti que: "tous les chrétiens laotiens ont le devoir de respecter et de se conformer aux directives du Parti", et de "ne pas tomber dans les manoeuvres de division et de destruction fomentées depuis l'étranger par des forces hostiles".

Le MLDH lance à nouveau un appel solennel aux dirigeants du Parti unique, en leur demandant d'arrêter immédiatement la campagne de répression contre les chrétiens laotiens et de libérer toutes les personnes emprisonnées pour leur opinion ou leur foi. Selon des informations obtenues par le MLDH, plusieurs dizaines de chrétiens sont encore détenus, à ce jour, dans les prisons de la RDPL.

Le MLDH invite la communauté internationale, notamment les Nations Unies, l'Union Européenne, les Etats-Unis, le Japon et la France, à intervenir sans tarder auprès de la RDPL et à prendre des mesures concrètes et appropriées, y compris dans le domaine économique, afin que les dirigeants laotiens entament des réformes nécessaires, en vue d'instaurer la liberté, la démocratie et la concorde nationale au Laos.