Conseil des droits de l'homme: le rendez-vous de tous les dangers


NATIONS UNIES. Mercredi, l'institution onusienne convoque sa troisième session spéciale sur la Palestine après le massacre de Beit Hanoun. Elle est par ailleurs torpillée de toutes parts.

Mais où va le Conseil des droits de l'homme des Nations unies? Cinq mois après son entrée en fonction, le nouvel organe onusien installé à Genève suscite les plus vives inquiétudes.

L'Organisation de la Conférence islamique (OCI), appuyée par les pays non-alignés, vient de provoquer la convocation d'une session spéciale du Conseil sur la Palestine, qui aura lieu mercredi. Sa motivation: le massacre de 19 personnes à Beit Hanoun, dans la bande de Gaza, par l'armée israélienne. Si beaucoup admettent qu'il s'agit là d'une grave violation des droits humains, ils avouent aussi qu'organiser une troisième session spéciale sur la Palestine en cinq mois d'existence du Conseil risque de torpiller à jamais la crédibilité de la nouvelle institution onusienne en pleine construction.

Président du Conseil des droits de l'homme, l'ambassadeur mexicain Alfonso De Alba espère pouvoir au moins inciter le groupe des pays arabes et non-alignés à soumettre le projet de résolution aux autres membres du Conseil, notamment aux Occidentaux, pour équilibrer le texte condamnant l'attaque de Beit Hanoun perpétrée en réaction à des tirs de mortier depuis la bande de Gaza. Mais Alfonso De Alba, qui a présenté son rapport à l'Assemblée générale de l'ONU vendredi dernier, dressant un premier bilan du Conseil, ne cache pas ses craintes de politisation de l'organe onusien. Il reconnaît qu'il y a des liens entre ce qui se passe au Conseil de sécurité et l'institution qu'il préside: «Je suis convaincu que si le Conseil de sécurité n'ose pas prendre certaines décisions, la tentation est grande d'utiliser le Conseil pour y remédier. Mais c'est dangereux. Le Conseil ne traite que des droits de l'homme, et non pas de sécurité.»

Mariette Grange souligne que la situation à Gaza est très préoccupante, «mais ce n'est pas une troisième session qui va forcément résoudre les problèmes sur le terrain. Il faut engager un processus politique à un plus haut niveau dans la hiérarchie onusienne». La directrice du bureau genevois de Human Rights Watch estime que la multiplication des sessions spéciales risque de dévaloriser l'instrument censé répondre à des situations d'urgence. Et puis la Palestine n'est pas le seul cas criant de violations des droits de l'homme. Le Soudan vit, lui aussi, une situation dramatique. Le gouvernement soudanais semble en avoir conscience. Il vient d'inviter, cette semaine et la semaine prochaine, des ambassadeurs africains et sud-américains à se rendre au Darfour. Cette initiative se déroule en dehors du Conseil des droits de l'homme, ce qui prouve à quel point l'institution est malmenée.

La session spéciale n'est pas la seule torpille. Ces jours, Cuba, avec l'appui de l'OCI et des pays non-alignés ainsi que celui partiel de la Chine, a porté une attaque frontale contre le maintien des rapporteurs spéciaux par pays. Une disparition de tels mandats, qui permettent d'examiner la situation des droits de l'homme dans un Etat, constituerait une sérieuse régression. Cet instrument était en effet l'un des principaux acquis de l'ex-Commission des droits de l'homme. Récemment, la Roumanie et le Chili, qui ont subi l'examen d'un rapporteur spécial ont d'ailleurs souligné qu'ils en avaient grandement bénéficié.

Pis encore: Cuba propose que les experts chargés des rapports spéciaux soient élus par le Conseil, ouvrant la porte à une politisation accrue et dévastatrice.

Comble de malheur: Alfonso De Alba a peur que la Déclaration sur les peuples autochtones, adoptée par le Conseil des droits de l'homme lors de sa première session de juin, s'écroule comme un château de carte. Plusieurs pays africains, soutenus par des Occidentaux sont sur le point de revenir sur leurs positions. Cette déclaration symbolisait pourtant «l'esprit de consensus» nouveau qui semblait animer le Conseil.

Face à ces menaces, l'ambassadeur mexicain en appelle à la «responsabilité collective». Une manière d'appeler tant l'OCI et les pays non-alignés que les Etats-Unis, non-membres, à davantage de raison.