Conference "For The Antiprohibitionist Reform Of The Un Conventions On Drugs"

Message

Chers amis,

Je me limiterais dans les considérations qui suivent aux effets pervers découlant de l’interdiction de certaines drogues dans le domaine de la géopolitique (commerce, relations internationales, etc).
Le premier et le plus visible concerne la violation des droits de l’homme entraînée par les peines exorbitantes appliquées pour délit de trafic ou même de consommation de drogues par un certain nombre de pays, qui sont par ailleurs des dictatures, tels que la Chine, le Vietnam, l’Iran, la Malaisie, la Libye, l’Arabie Saoudite etc. La possession de quelques dizaines de grammes d’héroïne ou de cocaïne et de trois à quatre kilos d’opium ou de haschisch entraînent le plus souvent la peine de mort. Aux Etats-Unis mêmes, il vaut mieux souvent occire deux ou trois personnes lorsque l’on bénéficie de circonstances atténuantes, que de transporter une centaine de grammes de drogues dites « dures ». L’application de ces peines disproportionnées ne provoque aucune réaction de la part du Programme des Nations unies de contrôle international des drogues (PNUC ID) ou de celle de l’Organe de contrôle international des drogues (OICS), comme si la communauté internationale craignait de décourager ces pays dictatoriaux de faire « la guerre à la drogue ». Qui plus est, un certain nombre de pays démocratiques comme la France, coopèrent dans le domaine de la lutte policière contre la drogue avec plusieurs de ces pays.
La seconde conséquence désastreuse de l’interdiction du commerce et de la consommation des drogues est que les profits qui en sont tirés contribuent à la corruption de nombreux États. Comme on le verra dans le Dictionnaire de géopolitique des drogues que je publie le mois prochain aux éditions belge De Boeck, plus de cinquante pays sont gangrenés par le trafic de drogues. Pour certains, comme la Birmanie, le Paraguay, le Suriname, il s’agit d’une importante ressource qui permet à des narco-gouvernements ou des gouvernements-trafiquants de se maintenir au pouvoir et de continuer à opprimer leur peuple. Dans d’autres cas, comme l’Afghanistan, le Liberia ou la Sierre Leone, elle participe de la déliquescence de l’État.
Plus grave encore l’argent de la drogue constitue le nerf de la guerre dans de nombreux pays. On peut considérer qu’au cours des années 1990, plus de vingt-cinq conflits, dont la plupart se poursuivent aujourd’hui, ont été nourris par l’argent de la drogue. En Colombie par exemple, l’échec du processus de paix a été en grande partie provoqué par le fait que tous les belligérants, guérillas de gauche, paramilitaires d’extrême droite, forces de l’ordre, peuvent acquérir un armement sophistiqué grâce à l’argent de la drogue. Il fournit le prétexte aux Etats-Unis pour déverser des défoliants chimiques sur les cultures illicites et livrer un armement considérable aux forces de l’ordre. En Afghanistan de même, le trafic des opiacés est un des obstacle au retour de la paix et à la reconstruction du pays.

Sauf en ce qui concerne les dérivés du cannabis, j’ai été longtemps réservé quant à la réglementation du commerce et de la consommation des drogues illicites. Je craignais en effet une épidémie de la consommation dans de nombreux pays en développement qui n’ont pas de structures de prévention et de soin. En ce qui concerne les pays riches, je ne fais aucune confiance en leur capacité de gérer des substances dont certaines sont dangereuses. Mais aujourd’hui force est de constater que la « guerre à la drogue » est un échec patent et que la situation ne peut être pire. Il convient donc d’essayer autre chose, même si une légalisation réglementée ne va pas résoudre ipso facto tous les problèmes liés à la consommation des drogues. Un effort considérable d’explication et de vigilance nous attend donc. Mais le défit vaut la peine qu’on le relève.

Alain LABROUSSE, Observatoire Geopolitique des Drogues, former Director