Chère Afrique, je voudrais dire ...


Chère Afrique, je voudrais dire ...

SOMMAIRE: Basile Guissou, membre du Conseil fédéral du PR, ancien ministre des Affaires étrangères et de la Coopération du Burkina Faso pendant la présidence de Sankara, a écrit pour ce journal un "point de vue africain" sur le XXXVIe Congrès.
(LE PARTI NOUVEAU - N. 7 - MAI 1992)


Vraiment étrange ce Parti radical transnational, quand on le regarde vivre et s'exprimer. Il n'y a que la vie politique italienne, si particulière, pour avoir pu produire ce phénomène original. Si l'Italie n'était pas européenne mais africaine, on aurait parlé de "dictature d'un parti unique". En effet, la "démocratie réelle" de ce pays a plusieurs aspects "particuliers", liés au poids de l'Eglise catholique et au rôle du Parti démocrate-chrétien, au pouvoir depuis un demi-siècle. Face à cela, ou plutôt à cause de cela, la culture politique a créé un espace pour des luttes laïques et libertaires, dont le PR s'est fait l'interprète pendant plus de vingt ans.
Au Congrès de Bologne de 1988, le PR a choisi une dimension transnationale et transpartite, qu'il a acquise définitivement lors du XXXVe Congrès tenu à Budapest en avril 1989.
Bien qu'en Italie, où il a décidé de ne plus se présenter aux élections, personne ne conteste au PR son monopole presque exclusif dans les luttes qu'il a menées au moyen de la nonviolence gandhienne pour le droit au divorce, à l'avortement et à l'objection de conscience du service militaire, les médias internationaux le présentent néanmoins comme le "parti de la pornographie et d'Ilona Staller, qui exhibe ses seins nus".
En Afrique, cette image négative est prédominante. Pour ne donner qu'un seul exemple, citons les luttes menées par le PR pour sauver quarante mille enfants africains qui meurent de faim chaque jour, et dont la presse n'a jamais rendu compte. Et pourtant, grâce à ces actions, le Parlement italien a voté une loi qui prévoit un montant de quatre milliards de dollars destinés à intervenir contre la sécheresse et la désertification au Sahel.
Les luttes pour le droit des minorités, pour l'antiprohibitionnisme en matière de drogue, l'adoption d'un système électoral uninominal, l'abolition de la peine de mort et l'intégration politique des pays ex-socialistes au sein des Etats-Unis d'Europe font partie d'un tout: le combat pour "le droit à la vie et la vie du droit".
Le PR n'est plus ce "petit parti italien" mais il n'est pas encore le Parti transnational et transpartite, capable de mobiliser autour de certaines idées des dizaines de milliers de personnes. Aucun démocrate africain ne peut, en connaissance de cause, demeurer indifférent à l'appel de ce parti où l'on adhère sans s'engager à être fidèle à une idéologie ou à quelqu'un. Les problèmes mis en cause par un acte d'adhésion concernent la personne, l'environnement et le droit.
Engagés dans la difficile mais nécessaire démocratisation de la vie politique de leurs pays respectifs, les démocrates africains ont de nombreuses raisons de s'inscrire en masse au PR et de contribuer à la volonté de ce Parti d'être un sujet transnational. Aider le Parti radical à se renforcer et à s'imposer dans le débat politique mondial qui est en cours, cela signifie s'aider soi-même à mieux enraciner une nouvelle culture politique et démocratique en Afrique. Cela signifie plus de liberté et de démocratie.
Le Congrès a choisi de se donner encore six mois, c'est-à-dire jusqu'en janvier 1993, pour trouver les forces (matérielles et humaines) de son action future. Aucune motion n'a été adoptée au cours de cette première session; certains membres se sont senti frustrés de ne pouvoir obtenir des prises de position politique face aux graves problèmes qu'ils vivent dans leurs contextes "nationaux". La situation en Europe de l'Est, en Croatie, en Bosnie Herzégovine, en Afrique (en Côte d'Ivoire mais aussi en Somalie ou en Ethiopie), à Cuba mérite, bien sûr, des réponses politiques adéquates, radicales et nonviolentes. Mais... il y a un "mais": il faut créer en priorité, d'urgence, une organisation transnationale. Et cela ne dépend pas seulement de la bonne volonté, de la maîtrise des techniques de gestion ou de la qualité politique des quatre responsables du Parti qui ont oeuvré au cours de ces dernières années pour maintenir en vie cette "outil" de lutte politique. Pour réunir les "démocrates du monde entier" -c'étai
t là le slogan du Congrès-, chacun de nous, avec ses responsabilités, doit "se mettre soi-même en jeu" et expliquer la nature et les objectifs du Pr. Les démocrates africains doivent s'inscrire et faire inscrire de nouveaux membres afin d'aller ensemble aux racines du mal -un radical est "quelqu'un qui va à la racine"- qui empêche la pleine expansion de la démocratie en Afrique.