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Ceux qui votent non rateront le train européen
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- 28/02/2005
- Libération
- Guy Carcassonne
S'opposer à la Constitution européenne signifie forcément le refus de la construction d'une Europe réelle.
Rebonds. Tout le monde veut l'Europe. Même ses adversaires les plus constants, les plus anciens, les plus agressifs, n'osent se déclarer clairement contre elle : eux aussi veulent l'Europe, disent-ils, simplement pas celle-là. Il n'y aurait rien de choquant, pourtant, à assumer l'hostilité, comme cela se fait ailleurs, à dire que la nation a de beaux jours devant elle, qu'elle peut survivre et prospérer, dans la paix, sans se soumettre au joug d'une organisation communautaire. Une telle position serait combattue par tous les proeuropéens, mais nul ne lui contesterait dignité et panache. Personne, pourtant, n'ose la défendre ainsi, et même les extrêmes, droite et gauche, d'ordinaire peu enclins aux précautions ou euphémismes, n'assument pas jusqu'au bout la vérité de leur refus.
Cela n'est pas nouveau, mais ce qui l'est davantage c'est que les rangs des hypocrites se soient soudainement grossis d'inattendus renforts. Que la CGT ait fini par reprendre à son compte le refrain habituel des communistes n'a rien qui puisse surprendre, tout au plus décevoir au regard des efforts courageux d'un Bernard Thibault. Mais qu'il se trouve des socialistes ou des écologistes pour le chanter à leur tour est un peu plus crispant.
Car la réalité est des plus simples : quand la Constitution européenne qui va être soumise à référendum ne change rien, elle ne change rien, et quand elle change quelque chose, c'est pour améliorer, qu'il s'agisse de l'énoncé des valeurs, du renforcement des parlements nationaux, de la simplification des procédures. Bref, pas le plus infime recul, que des avancées - ce qui est la définition même des bons textes , et l'on peut sans risque mettre quiconque au défi de démontrer l'inverse : ceux qui s'y sont essayés ne l'ont fait qu'avec des arguments textuellement faux, par erreur parfois, de mauvaise foi plus souvent.
Alors chacun est en droit, malgré tout, de recommander le non, mais à la condition, du même coup, de s'assumer soit comme antieuropéen, soit comme indifférent à l'avenir de l'Europe et plus animé d'autres soucis. Au contraire, lorsque des Fabius, Emmanuelli ou Mélenchon, par exemple, se réclament de leur passé, ils ne démontrent nullement qu'ils sont des Européens aujourd'hui inquiets. Ils prouvent seulement qu'ils n'étaient hier que des mitterrandistes prudents, qui défendaient alors les positions voulues par leur mentor et cessent désormais de le faire quand ce dernier n'est plus là pour les y amener.
La génération politique actuelle n'a pas grand-chose à son actif. Dans son maigre bilan historique ne surnagera que la construction européenne, mais c'est assez pour espérer que les générations suivantes feront mieux fructifier ce legs. Encore faut-il qu'il leur parvienne, encore faut-il que le mirage d'une Europe énigmatique n'ait pas détruit la réalité d'une Europe réelle, toujours perfectible mais déjà tangible. Et c'est ce flambeau d'espérance qu'une victoire du non éteindrait fatalement.
Alors il est temps d'écarter faux-semblants et faux-fuyants, d'appeler un chat un chat et un antieuropéen par son nom : les Européens voteront oui, et ceux qui voteront non se feront peut-être, quoi qu'ils en pensent, en disent, en vaticinent, les adversaires de l'Europe, ses fossoyeurs.
Guy Carcassonne est professeur de droit public à l'université de Paris-X Nanterre.
Rebonds. Tout le monde veut l'Europe. Même ses adversaires les plus constants, les plus anciens, les plus agressifs, n'osent se déclarer clairement contre elle : eux aussi veulent l'Europe, disent-ils, simplement pas celle-là. Il n'y aurait rien de choquant, pourtant, à assumer l'hostilité, comme cela se fait ailleurs, à dire que la nation a de beaux jours devant elle, qu'elle peut survivre et prospérer, dans la paix, sans se soumettre au joug d'une organisation communautaire. Une telle position serait combattue par tous les proeuropéens, mais nul ne lui contesterait dignité et panache. Personne, pourtant, n'ose la défendre ainsi, et même les extrêmes, droite et gauche, d'ordinaire peu enclins aux précautions ou euphémismes, n'assument pas jusqu'au bout la vérité de leur refus.
Cela n'est pas nouveau, mais ce qui l'est davantage c'est que les rangs des hypocrites se soient soudainement grossis d'inattendus renforts. Que la CGT ait fini par reprendre à son compte le refrain habituel des communistes n'a rien qui puisse surprendre, tout au plus décevoir au regard des efforts courageux d'un Bernard Thibault. Mais qu'il se trouve des socialistes ou des écologistes pour le chanter à leur tour est un peu plus crispant.
Car la réalité est des plus simples : quand la Constitution européenne qui va être soumise à référendum ne change rien, elle ne change rien, et quand elle change quelque chose, c'est pour améliorer, qu'il s'agisse de l'énoncé des valeurs, du renforcement des parlements nationaux, de la simplification des procédures. Bref, pas le plus infime recul, que des avancées - ce qui est la définition même des bons textes , et l'on peut sans risque mettre quiconque au défi de démontrer l'inverse : ceux qui s'y sont essayés ne l'ont fait qu'avec des arguments textuellement faux, par erreur parfois, de mauvaise foi plus souvent.
Alors chacun est en droit, malgré tout, de recommander le non, mais à la condition, du même coup, de s'assumer soit comme antieuropéen, soit comme indifférent à l'avenir de l'Europe et plus animé d'autres soucis. Au contraire, lorsque des Fabius, Emmanuelli ou Mélenchon, par exemple, se réclament de leur passé, ils ne démontrent nullement qu'ils sont des Européens aujourd'hui inquiets. Ils prouvent seulement qu'ils n'étaient hier que des mitterrandistes prudents, qui défendaient alors les positions voulues par leur mentor et cessent désormais de le faire quand ce dernier n'est plus là pour les y amener.
La génération politique actuelle n'a pas grand-chose à son actif. Dans son maigre bilan historique ne surnagera que la construction européenne, mais c'est assez pour espérer que les générations suivantes feront mieux fructifier ce legs. Encore faut-il qu'il leur parvienne, encore faut-il que le mirage d'une Europe énigmatique n'ait pas détruit la réalité d'une Europe réelle, toujours perfectible mais déjà tangible. Et c'est ce flambeau d'espérance qu'une victoire du non éteindrait fatalement.
Alors il est temps d'écarter faux-semblants et faux-fuyants, d'appeler un chat un chat et un antieuropéen par son nom : les Européens voteront oui, et ceux qui voteront non se feront peut-être, quoi qu'ils en pensent, en disent, en vaticinent, les adversaires de l'Europe, ses fossoyeurs.
Guy Carcassonne est professeur de droit public à l'université de Paris-X Nanterre.
Gli iscritti e contribuenti 2012
| FRANCESCA T. MILANO | 200 euro |
| EUFEMIA T. MUGGIO' | 200 euro |
| AMBROGIO S. CASSINA DE' PECCHI | 200 euro |
| PIER PAOLO S. FROSINONE | 200 euro |
| DAVIDE R. MILANO | 200 euro |
| LORENA P. MONZA | 200 euro |
| DAVIDE L. MANTOVA | 200 euro |
| PAOLO G. ROMA | 200 euro |
| MARTA G. ROMA | 200 euro |
| ANNA MARIA D. ROMA | 200 euro |
| Total SUM | 397.572 euro |










