Bienvenue au un milliard trois cent millionième Chinois

Pierre Haski
Libération

C'est un garçon • Il est né à Pékin mercredi • Mais la politique de l'enfant unique a ralenti la croissance de la population • D'ici trente à quarante ans, l'Inde pourrait devenir le pays le plus peuplé au monde •

Pékin, de notre correspondant. C'est un garçon de 3,6 kilos! Il est né mercredi à Pékin, et porte le lourd fardeau d'être le un milliard trois cent millionième Chinois... Son «prédécesseur», le un milliard deux cent millionième, était né il y a 10 ans, et les démographes estiment qu'une décennie pour produire cent millions d'habitants de plus est le signe d'un ralentissement de la courbe de population chinoise. Le fruit de la politique de l'enfant unique, en vigueur depuis plus de vingt ans.

Selon les calculs officiels, la Chine a «économisé» quelque deux cents millions de naissances depuis l'instauration de cette politique, bien souvent imposée de manière autoritaire et arbitraire. Le vieillissement actuel de la population et les problèmes psychologiques liés à la réduction de la taille des familles ont cependant poussé les autorités à quelques assouplissements de la doctrine. Ainsi, quand le mari et la femme sont tous deux enfants uniques, ils ont droit d'avoir un deuxième enfant. La ville de Shanghai a elle aussi modifié la règle car de nombreux couples aisés ne veulent même pas avoir un seul enfant : on les appelle les «dinkies» pour «double income, no kids» («double salaire mais pas d'enfant»...)

Résultat du ralentissement de la natalité chinoise: d'ici trente ou quarante ans, si aucun changement majeur n'intervient, l'Inde devrait devancer la Chine comme pays le plus peuplé au monde. L'Inde, l'autre géant d'Asie, a dépassé le milliard d'habitant et pourrait doubler la Chine avant la moitié du XXIe siècle, lorsque les deux pays auront atteint 1,6 milliards d'habitants. La population de la Chine commencera à décroître, mais celle de l'Inde, où le contrôle des naissances n'est pas aussi rigoureux, continuera à grimper.

Pour l'heure, il y a la joie d'un père : «Je suis l'homme le plus heureux au monde. Je pense que mon garçon a de la chance et qu'il aura une vie facile», a déclaré le géniteur du un milliard trois cent millionième Chinois... Difficile d'être plus optimiste.