Affaire Langlois : une mauvaise addition


Journal du Mardi

Dans le JDM n°89, nous révélions cuments à l'appui - qu'outre la fameuse rencontre du 12 septembre 1997 dans les sous-sols du Palais de Justice de Neufchâteau, le juge Langlois avait, par trois fois, autorisé des enquêteurs de Neufchâteau à rencontrer certains journalistes qui allaient par la suite plaider très fortement en faveur de la thèse «Dutroux, pervers isolé». Aujourd'hui, nous pouvons établir qu'en novembre 1998 lorsque les parlementaires et le ministre de la Justice s'étaient intéressés pour la première fois à l'affaire des «fuites autorisées», ceux-ci ont reçu des informations fausses de la magistrature. A l'époque, le quotidien Le Matin venait de publier les premières pièces de ce dossier et le député Claude Eerdekens avait interpellé le ministre Tony Van Parys. A la tribune de la Chambre, le 19 novembre 1998, celui-ci s'était voulu rassurant: «Mme Thilya invité M. le premier président de la Cour d'appel de Liège à recueillir tous les éléments utiles auprès du président Moinet et du juge d'instruction Langlois. M. le premier président de la Cour d'appel de Liège a, sans désemparer, désigné un magistrat de sa cour pour y procéder Je puis vous assurer que Mme Thily m'a fait savoir qu'aucun indice quelconque d'infraction pénale ou de manquement disciplinaire ne peut être reproché à M. le juge d'instruction Langlois. (..) En l'espèce, il apparaît que M. le juge d'instruction Langlois a, en effet autorisé à deux reprises les enquêteurs à rencontrer desjoumalistes». En 1998, l'argumentation acceptée par le Parquet général de Liège était que c'était à bon escient que ces contacts avaient été autorisés. II s'agissait de répondre au «risque d'une campagne médiatique» menée par un témoin. Bien que spécieuse, cette thèse pouvait coller par rapport à deux contacts autorisés en juin et juillet 1997 par le juge Langlois. Deux, mais pas trois. Car le troisième contact «autorisé», dévoilé dans le JDM n°89, soit celui d'octobre 1997, portait sur des questions bien plus larges que la menace médiatique d'un témoin. A savoir, «la situation actuelle des dossiers connexes de l'affaire Dutroux» et les «dossiers en général» ainsi que «les problèmes liés à l'antenne en particulier». La note confidentielle de la gendarmerie relatant ce contact «autorisé», mais difficilement justifiable dans le chef du magistrat instructeur établissait, au surplus, la participation de M. Langlois à l'élaboration d'un article très critique pour des victimes et des enquêteurs du dossier qu'il instruisait... Est-ce ce troisième contact ou un autre encore qui avait été «oublié» par le Parquet général de Liège dans sa réponse au ministre de la Justice, Tony Van Parys, en novembre 1998 ?