Traces d'inconnus dans la cache

ANNICK HOVINE
La Libre Belgique

Ces cheveux, empreintes et autres ADN proviennent peut-être de personnes qui n'y sont jamais entrées.
Le chef du laboratoire de police scientifique est prudent.

AUDIENCE

Le dossier Dutroux a mobilisé le laboratoire de la police scientifique et technique. Au total, on a procédé à plus de 2000 interventions; plus de 750 traces papillaires (digitales et palmaires) ont été relevées; on a effectué 7300 prises de vue, saisi 20000 cheveux, pisté d'innombrables traces biologiques (ADN), détaille Gabriel Stevaux, chef dudit laboratoire.

Dans la cache de la cave de Marcinelle et dans la Renault Trafic de Marc Dutroux, on a retrouvé des cheveux de Michelle Martin, de Marc Dutroux, de Sabine, de Laetitia, de Julie et de Mélissa. Par ailleurs, 550 autres cheveux non identifiés ont été répertoriés pour un examen ADN. Des traces génétiques de plusieurs inconnus - une vingtaine - au dossier ont également été relevées dans la citerne d'eau de pluie transformée en geôle, continue l'expert. «Mais il n'est pas impossible qu'elles proviennent de personnes qui ne sont pas entrées dans la cache», avertit M.Stevaux. Les victimes qui ont séjourné dans «le trou» ont pu manipuler des objets extérieurs qui avaient été «pollués» par d'autres ADN. On sait que Marc Dutroux avait l'habitude de ramasser dans les rues de Charleroi des vêtements et des livres destinés à des collectes humanitaires.

Sur le mur gauche de la cache, précisément entre la petite étagère et la butée en bois de la planche servant de siège, on a détecté des traces de sang humain - en fait 14 microtraces - mêlées à l'ADN de Julie Lejeune. C'est «l'inconnu 2», dont on ignore s'il est de sexe masculin ou féminin.

Une trace qui intrigue particulièrement la défense de Laetitia Delhez et le procureur Bourlet. Une certitude: elle est postérieure à juillet 1995, quand Michelle Martin a repeint l'intérieur de la cache en jaune. Pour le reste... «Une contamination est possible par les pièces de literie. On ne peut pas prouver absolument qu'elle a été laissée par quelqu'un qui est entré dans la cache. Il est fort possible que cette trace ait été polluée par un autre objet manipulé dans la cache», explique Gabriel Stevaux. Y a-t-on trouvé un objet avec une trace similaire?, interroge Michel Bourlet. Non, la trace de l'inconnu 2 n'existe qu'en un exemplaire, répond le chef du laboratoire.

Sur des magazines pour enfants («Bonjour», «Tremplin», «Dauphin») saisis à Sars-la-Buissière en mars 1997, le laboratoire scientifique identifiera les empreintes digitales de Julie, de Mélissa et de Frédéric, l'aîné du couple Dutroux-Martin. Et une trace d'Eefje qui, selon les allégations de Dutroux, n'a jamais séjourné dans la cache. «Elles ont reçu des livres qui sont passés à l'étage entre les mains d'An et Eefje», explique Marc Dutroux. Après la mort des petites, «Dutroux a voulu vider et nettoyer la cache. J'ai dû vérifier que Julie et Mélissa n'avaient pas laissé de traces comme des mots dans les livres. S'il y en avait, il les jetait. Les autres, il m'a dit de les ranger à Sars», complète Michelle Martin.