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Des cadavres calcinés à Grozny
Des centaines de villageois charriant quatre corps. Des cris, des pleurs, des femmes âgées, des soldats en armes. Puis, face au siège du gouvernement tchétchène pro-russe, les quatre corps carbonisés allongés sur des draps blancs et des tapis posés à même le sol tandis qu’éclatent les protestations. En arrière-plan, des soldats russes, en armes, nerveux, mal à l’aise.
Ces images, diffusées mercredi soir par La télévision RTR, ont provoqué un début de polémique. Venus du village de Staryé Atagui, où venait de se dérouler une de ces nombreuses opérations de "ratissage" menées par les forces russes, les manifestants réclamaient l’ouverture d’une enquête sur le meurtre de sept civils tous selon eux le 7 mars par les forces de l’ordre. Mensonges, a immédiatement réplique le FSB, l’ex-KGB, qui faisait savoir par l’intermédiaire du général Alexander Zdanoitch que tous les morts "étaient des combattants" réfugiés dans le village de Staryé Atagui et "éliminé par des unités spéciales".
La polémique ne porte pas tant sur le nombre de tués et de disparus que sur leurs qualités. Tandis que les protestataires affirment qu’il s’agit de civils, le FSB et l’armée s’en tiennent à la thèse de la manipulation:
"C’est un coup monte". a assuré le général Guennadi Tronchev, chef des troupes russes dans le Caucase du nord, "ils’agissait de corps de rebelles."
Une enquête a été ouverte. Selon Vladimir Kalaminov, représentant du Kremlin pour les droits de l’homme en Tchétchénie, l’affaire devrait être examinée lors d’un prochain conseil réunissant le 28 mars des représentants de l’armée, du parquet et des services.
Lors d’une conférence de presse à Moscou, l’élu tchétchène à la Douma,le député Aslambek Aslakhanov, tout juste de retour de la région, s’est élevé, hier, contre la version officielle. Visiblement ému, il a affirmé qu’il n’y avait tout au plus que "deux ou trois rebelles" parmi les morts des opérations de Staryé Atagui. "On tue les jeunes, a-t-il dit, pour qu'ils ne puissent pas participer à la guerre contre la Russie. II ne faut pas croire les versions officielles, il s’agit à 90 % de mensonges."
Ancien général du MVD, le ministèrede l’intérieur, le député a été interrompu par un tchétchène venu du village d’Argoun. "Mon fils a disparu depuis le 21 décembre dernier, a explique Zoubaïr Khizyev, ancien colonel du MVD. Il avait 21 ans et s’appelait Zaour. Quand je me suis renseigné auprès du colonel Mikhaïl Sazonov. le responsable du FSB pour Argoun, celui-ci m’a dit que le corps de mon fils, un milicien, avait été jeté dans la rivière. Nous avons cherché, je ne l’ai pus trouvé..." Trente-huit personnes ont été portées sur les listes des disparus à la suite des opérations de ratissage engagées à Argoun à la fin décembre
2001.