|

oral intervention on item 9 "Question of the
violation of Human Rights and Fundamental Freedoms in any part of the
world"
delivered by Olivier Dupuis

Monsieur
le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs,
Je suis le secrétaire du Parti Radical Transnational, une organisation
qui a dénoncé, ici même, par la voix d'exilés et de dissidents, les plus
graves violations des droits de l'homme, des droits civils et politiques
commises dans le monde entier. Nous sommes en effet profondément convaincus
que les questions de droit doivent être soulevées de la même façon partout
et à l'égard de quiconque.
C'est pour ces raisons que, tout comme nous avons dénoncé les cas du Tibet,
de Cuba, de la Tchétchénie, de la Chine, nous sommes obligés de dénoncer
à nouveau aujourd'hui, comme l'a fait l'année dernière, Emma Bonino, leader
de mon parti et ma collègue au Parlement européen, le 'cas Italie'.
Comme vous vous en souviendrez l'Ambassadeur d'Italie avait à cette occasion
promis de fournir des réponses aux questions soulevées par mon parti.
Et bien, Monsieur le Président, ni les membres de la Commission, ni les
amis de la presse, ni nos collègues des ONG n'ont eu le plaisir de voir
au cours de l'année écoulée nos thèses réfutées. Pas plus que nous n'avons
vu nos thèses réfutées en ce qui concerne la mort d'Antonio Russo, correspondant
pour la Tchétchénie de Radio Radicale, assassiné à quelques heures du
vote sur la demande faite par la Russie de suspendre le statut consultatif
du Parti Radical Transnational.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, en Italie, un pays que le monde
connait comme une démocratie mûre et dévelopée, les principes mêmes de
la liberté et de la démocratie politique sont en train de s'éroder progressivement.
Jusqu'ici, sur le plan international, le "cas Italie" n'a été connu que
du seul point de vue du "fonctionnement" de sa justice (367 condamnations
l'année dernière par la Cour européenne des Droits de l'Homme, autrement
dit une condamnation par jour). Peu de choses encore en comparaison de
ce qui apparaitra quand la question de l'état des droits civils et politiques
des Italiens sera posée, quand on passera de l'analyse du "processus judiciaire"
à l'analyse du "processus politique".
Il y a une donnée de fond qui distingue la nature du régime italien de
celle des régimes autoritaires ou totalitaires que nous avons dénoncés
ici. L'Italie est un Etat de Droit où l'Etat est contre le droit, où le
'souverain' se constitue, vit et agi grâce à la violation systématique
de la lettre des lois. C'est une opposition antique qui s'est réouverte
en Italie: pas celle, relativement récente, entre démocratie et dictature,
mais celle entre monarchie absolue et monarchie constitutionnelle. Dans
l'Italie de 2001 les autorités de l'Etat ne sont sujetes à aucune loi,
mais la 'créent' chaque jour contre les normes écrites auxquelles elles
devraient être soumises.
L'Italie est un pays où la Cour Constitutionnelle est constituée contre
la loi. Un Juge de la Cour est même dépourvu des titres nécessaires pour
recouvrir cette fonction. Une Cour dont le fonctionnement et la jurisprudence
sont à ce point arbitraires et discrétionaires qu'elle porte atteinte
aux droits constitutionnels qu'elle devrait protéger et garantir. Ce n'est
pas nous mais de nombreux anciens présidents de la Cour Constitutionnelle
qui le disent, comme s'il s'agissait d'une anomalie marginale. Cette Cour
a empêché la tenue de dizaines de referendum absolument admissibles, portant
ainsi atteinte, dans une totale impunité, aux droits politiques et constitutionnels
des citoyens italiens. Cette Cour n'est pas moins politique ou courtisane
à l'égard des intérêts du pouvoir politique que ne le fut la Cour constitutionnelle
de Belgrade à l'égard des intérêts du régime de Monsieur Milosevic.
L'Italie est un pays où l'Autorité judiciaire a 'couvert' la violation
des règles fondamentales du processus electoral, 'autorisant' de fait
la présentation de listes et de candidatures soutenues par de fausses
signatures ou par des signatures recueillies illégalement. Nous l'avons
dénoncé auprès de tous les procureurs de la République. Le silence a été
la seule réponse que nous ayons reçue.
En Italie, l'application des lois et la certitude du droit dans le processus
électoral ne sont pas plus garantis que dans les pays où le pouvoir de
contrôle des autorités judiciaires est subordonné aux diktat du pouvoir
politique.
L'Italie est un pays où la législation et la juridiction concourrent à
la destruction systématique du droit des citoyens à être informés correctement,
un pays où les citoyens sont mis dans l'impossibilité de "connaître pour
délibérer, pour choisir". Il s'agit-là de quelques exemples. Vous pourrez
en trouver beaucoup d'autres dans le dossier que je laisse à votre réflexion.
L'Italie est un pays où Luca Coscioni, un jeune chercheur souffrant d'une
grave maladie - la sclérose latérale amyotrophique, a récemment lancé
un appel pour la liberté de la science et contre les vetos cléricaux à
la recherche et à la pratique médicale. Plus de 30 Prix Nobel et des centaines
d'illustres représentants de la communauté scientifique internationale
ont adhéré à cet appel, qui est partie intégrante de la plate-forme politique
de Monsieur Coscioni et de la Liste Bonino pour les prochaines élections
italiennes. Et bien cet événement n'a même pas fait l'objet d'une 'mention'
dans la presse écrite et les télévisions publiques et privées. Luca Coscioni
est traité - autrement dit annulé, effacé - par la presse italienne exactement
comme l'est Wei Jingsheng par la presse de la République Populaire de
Chine.
Il est temps que les organes internationaux compétents prennent conscience
de ce qui se passe en Italie, et qu'immédiatement, comme premier pas -
inadéquat mais nécessaire - l'on prévoie la présence d'observateurs internationaux
non seulement à l'occasion des prochaines élections, mais, plus généralement,
pour vérifier les violations des droits fondamentaux en Italie. Voilà
ce que nous dénonçons, voilà notre appel, voilà quelques-unes des raisons
pour lesquelles, nous vous demandons d'intervenir avec force et de toute
urgence.
Je vous remercie Monsieur le Président.
|