La région de Vedeno, Tchétchénie.
Mémorial, janvier 2001

Même si les opérations militaires de grande ampleur ont cessé, la situation des habitants d'un grand nombre de villages de montagne en Tchétchénie, reste extrêmement difficile.
Dans les forêts des montagnes sont basées des groupes armés opposés aux forces fédérales. Cependant les tirs dirigés contre ces groupes touchent fréquemment les villages, causant des morts et des destructions.
Il n'est pas possible d'y mener des activités domestiques ou agricoles : beaucoup de massifs forestiers, de champs et de clairières sont minés, les militaires sont basés dans les bâtiments agricoles, les champ et les chemins sont très abîmés par les véhicules militaires. Les lignes électriques sont détruites par vandalisme par des militaires.
Cependant, ce qui rend la vie des habitants absolument insupportable, c'est la terreur exercée par les militaires contre les civils, qui dans leur majorité ne soutiennent pas les combattants.
L'information exposée ci-dessous a été recueillie par les collaborateurs du centre des droits de l'Homme "Mémorial" le 10-11 février 2001 dans les villages de Tevzeni (Tevzana) et Makhkety, dans le district de Vedeno en République de Tchétchénie.
Ces informations ont été transmises par le centre des droits de l'Homme "Mémorial" au représentant spécial du Président de la FR pour le respect des droits et les libertés de l'Homme et du citoyen en République de Tchétchénie.

Le 8 janvier 2001, lors du passage d'une colonne militaire du 137ème régiment de parachutiste par le village de Tezveni dans la région de Vedeno ont été arrêtés, battus et emmenés quatre habitants du village, dont trois mineurs.
Autour du village voisin de Khatouni se trouvent trois régiments de parachutistes, parmi lesquels le 137ème régiment a gagné auprès de la population locale une réputation particulièrement mauvaise. Les gens des villages environnants ont essayé une fois d'établir des contacts avec son commandement, mais le commandant du régiment a déclaré aux gens qui l'attendaient qu'il "ne parlait pas avec les sauvages".
Quand la colonne est passée dans le village, une des voitures blindées (BTR) s'est soudain séparée de la colonne, avec l'intention, comme le supposent les témoins, d'arrêter les enfants qui jouaient sur le bords du chemin. Les enfants ont couru se réfugier chez eux. Cependant, le BTR n'a pas repris sa place dans la colonne, mais est sorti de la route et s'est arrêté devant la maison des Papalov. A ce moment là s'y trouvaient les frères Papalov : Souleïman, écolier de 11ème (dernière classe), Chamil, écolier de 8ème, et Khasanbek, 14 ans. Il y avait là également Abou-Khassan Datchaev, écolier de 9ème, et le voisin des Papalov, Denilbek Mezhidov, 20 ans. Ils étaient réunis pour réparer une voiture.
Les militaires russes, selon l'expression de la mère des Papalov, se sont jetés sur les enfants "comme des chiens". Tirant en l'air, ils ont ordonné à tous ceux qui se trouvaient dans la cour, entre autres aux femmes, de se mettre à genoux. Denilbek Mezhidov a été séparé par les parachutistes des autres, et emmené dans le jardin où il a été battu à coup de pieds et de crosses. Ensuit ils ont traîné dans la cour jusqu'au BTR Chamil et Souleïman Papalov, en les frappant avec des pelles.
Leur mère s'étant interposée, les militaires lui ont rendu Khasanbek, 14 ans, après l'avoir également traîné par terre jusqu'au portail.
Dans la maison se trouvait un enfant de deux ans, qui pleurait, effrayé par les tirs et les cris, mais les militaires n'ont pas laissé sa mère aller le rejoindre.
Les militaires ont perquisitionné la maison des Papalov, prenant ce qui leur plaisait, en particulier un radio-cassette et une console de jeu pour téléviseur (Dendi). Ensuite Denilbek Mezhidov, Souleïman et Chamil Papalov ainsi qu'Abou-Khasan Datchaev ont été poussés par les parachutistes dans le BTR et emmenés à la base du 137 régiment de parachutistes, près de Khatouni.
Les jeunes gens n'ont pas été autorisés à s'habiller ou à se chausser : on leur a mis leurs t-shirts sur la tête. Dans le BTR ils ont à nouveau été frappés. Un des parachutistes s'est assis sur Denilbek Mezhidov. Quand celui-ci, ne supportant pas le poids du parachutiste, tombait par terre, il était relevé à coups de crosse de pistolet sur la tête et on lui disait : "tu es un fauteuil, tiens toi donc tranquille".
Arrivés à la base, les jeunes ont du passer par un "corridor" : les militaires, s'étant mis en deux rangs, les frappaient alors qu'ils passaient entre eux.
Un seul des quatre jeunes amené à la base a été interrogé, Souleïman Papalov, élève de 11ème.
Après avoir été battus, D. Mezhidov, A-Kh Datchaev , S et Ch Papalov ont été jetés dans une fosse. Mais les mauvais traitements ne se sont pas arrêtés là. Les parachutistes, les insultant, crachaient dans la fosse, y jetaient des pierres. De temps en temps les jeunes gens étaient hissés hors de la fosse et à nouveau battus, sans que personne ne se demande qui ils étaient et pourquoi ils étaient arrêtés. Enfin, menaçant des les enterrer vivant, les militaires se sont mis à jeter de la terre dans la fosse.
Dans cette fosse se trouvait encore une personne, un homme de 45 ans, qui souffrait d'asthme. On ne sait pas ce qu'il est devenu.
Dès que les jeunes gens ont été emmenés, leurs parents se sont rendus au 137ème régiment avec le chef de l'administration du village de Tevzani. Après quelques heures, le représentant du FSB Serguëi Kozlov et l'instructeur politique Iouri Viktorovitch (c'est ainsi qu'ils se sont présentés) sont sortis pour les voir. Ayant appris que les militaires du régiment qui leur était confié avaient arrêté et jeté dans une fosse des écoliers, ils se sont un peu troublés, puis ont ordonné de les laisser partir. Et effectivement, très vite les trois écoliers ont été rendus à leurs parents.
Cependant Denilbek Mezhidov est sorti seulement le quatrième jour. Il a passé ces quatre jours dans la fosse, profonde de 3-4 mètres. Il n'avait ni vêtement chauds ni chaussures. Après être rentré chez lui D. Mezhidov a passé plus de vingt jours au lit. Ses parents ont exigé qu'il quitte la Tchétchénie dès qu'il serait guéri.
Il faut souligner que le père des frères Papalov, chef de la commission électorale du village, était plus que loyal envers le pouvoir russe jusque là.
La mère des frères Papalov, ayant appris que Lord Judd venait en Tchétchénie, s'est rendu dans le village de Znamesnkoe pour essayer de le rencontrer. Elle n'y est pas arrivée, mais elle a raconté l'histoire de ses fils à des journalistes qui couvraient cette visite. Elle a peur que maintenant les militaires reviennent chez elle. Bien que Souleïman doive terminer l'école cette année, elle ne veut pas qu'il reste dans le village. Leur voisin, Denilbek Mezhidov, a été par exemple arrêté deux fois en peu de temps.
La première fois, Denilbek avait été arrêté le 28 décembre 2000 avec 11 autres habitants du village. Dans le village de Tezveni ce jour là il y avait un nettoyage. Denilbek venait de rentrer dans son village natal depuis Saratov et ne s'imaginait pas ce qu'était la vie dans la Tchétchénie actuelle. Bien que tous les jeunes gens aient eu leurs passeports, les militaires les ont emmené dans la base du 137ème régiment, mis dans des fosses et jusqu'à 10 heures du soir ont "établi leur identité". Ensuite ils ont été libérés. Mais ils ne pouvaient pas rentrer jusque chez eux à une heure aussi tardive, parce qu'entre Khatouni et Tezveni se trouve un poste de contrôle. Ils ont dû passer la nuit à Khatouni.
Ayant été détenu deux fois en dix jours dans une fosses, Denilbek Mezhidov a compris qu'il ne pouvait plus rester chez lui.

Le 21 janvier 2001 dans le village de Selmentauzen dans la région de Vedeno a eu lieu un "contrôle à domicile". Contrairement à la pratique établie, le contrôle a eu lieu cette fois là sans pillages.
Lors du contrôle, quatre habitants ont été arrêtés. Leurs papiers étaient en règle, et aucune accusation ne leur a été signifiée lors de leur arrestation. Les parents des personnes arrêtées se sont d'abord adressées au commandement du 137ème régiment de parachutistes qui se trouve non loin. Là, on leur a dit qu'on ne savait pas qui avait fait le contrôle et où est-ce que les habitants du village avaient été emmenés.
Les quatre personnes ont été retrouvées à Goudermes. Ils ont été libérés le cinquième jour. Ils portaient des traces de coup, n'avaient presque pas été nourris, leurs habits étaient déchirés. Ils ne racontent pas à leurs proches ce qui leur est arrivé pour ne pas leur faire de peine. Les habitants du village ne peuvent pas comprendre pourquoi lors des nettoyages ciblés sont arrêtées des personnes qui n'ont rien à voir avec les opérations militaires

Dans la nuit du 29 au 30 janvier 2001, un BTR s'est approché de la maison des Oumarpashaev, un vieux couple habitant dans le village de Tezveni. Quelques personnes armées en tenu de camouflage en sont sorties et se sont introduits dans la cour en cassant la barrière. Ils ont immédiatement commencé à tirer sur les fenêtres d'une petite maison, où vit la maîtresse de maison, très âgée, son petit-fils de sept ans et son mari, qui ne quitte plus le lit depuis 15 ans.
La vieille femme étant sortie à leur rencontre, les militaires l'ont éclairé à la lumière de leurs lampes de poches, lui ont dit qu'ils étaient de la police et ont exigé qu'on leur livre la personne qui soi-disant se trouvait dans leur maison. La femme, qui comprend mal le russe, a compris qu'ils parlaient de son mari, a dit qu'il était malade et qu'il se trouvait au lit.
Les policiers sont entrés dans la maison, se sont mis autour du lit où dormait le petit garçon, ont pointé leurs fusils sur lui, éclairé avec des lampes et crié "allez, debout !". La grand mère a essayé de leur expliquer que c'était son petit-fils, mais les policiers n'ont été arrêtés que par les pleurs de l'enfant. S'étant rendu compte qu'il n'y avait effectivement pas dans cette maison d'homme en âge de porter les armes, les policiers ont décidé de contrôler la grande maison vide, qui se trouve dans la même cour. Les vieux ne peuvent y vivre en raison des problèmes de chauffage.
Voyant que les policiers essayaient d'ouvrir la porte de la maison, la vieille femme leur a proposé d'amener la clé, mais personne ne l'écoutait. Malgré ses prières la porte a été forcée, les policiers ont tout mis sens dessus dessous dans la maison, ont cassé les fenêtres, les miroirs, la pendule, la vaisselle, puis par une trappe dans le plafond du corridor ont jeté trois grenades dans le grenier. A cause de l'explosion les tôles couvrant le toit ont glissé, le plâtre s'est effrité et les plafonds se sont en partie effondrés.
Puis s'étant convaincus qu'il ne se trouvait dans cette cour aucun homme en âge d'opposer une quelconque résistance, les "responsables du maintien de l'ordre" sont repartis

Le 27 janvier 2001 à 5 heures du matin, lors d'un contrôle ciblé dans le village de Makhkety ont été arrêtés Moukhadi et Zaboura Aïoubov, mari et femme, et quatre de leurs voisins, les frères Mitsaev. Lors de l'arrestation les OMON ont encerclé le quartier dans lequel ils vivent, et tiré en en l'air, bien qu'aucune résistance ne leur ait été opposée.
Les Mitsaev ont été libérés le jour même, mais les Aïoubov, mari et femme, ont été accusés de cacher des combattants et d'avoir participé à la fabrication et à l'installation de mines télécommandées. Malgré l'absence totale de preuves, et la faiblesse des indices les Aïoubov ont été gardés pendant douze jours dans la base du 137ème régiment de parachutistes. Le mari, Moukhadi, a été mis immédiatement dans une fosse. La température y était telle que l'eau dans les bouteilles gelait. La femme a d'abord été détenue dans une tente non chauffée, puis après trois jours on l'a mise avec son mari dans la fosse.
Officiellement aucune accusation n'a été signifiée aux époux, et ils ont été libérés.
Après 12 jours passés au froid, les Aïoubov ont besoin d'être soignés ; la femme en particulier se sent très mal.
Récit de Moukhadi Aïoubov :
A l'aube le 27 janvier ont nous a fait lever de notre lit et on nous a demandé où étaient nos invités, pourquoi est-ce que nous cachions des combattants ? Nous avons répondu que nous n'avions personne. Nous avons du mal à nous en sortir tous seuls, alors en plus avec des invités...
Ensuite on a trouvé chez moi le schéma d'un interrupteur électrique. On ne peut pas trouver de travail stable actuellement, alors je gagne ma vie en faisant des petites réparations. J'ai demandé à un ami qu'il me fasse ce schéma, parce que je n'ai jamais étudié tout ça. Ils ont trouvé ce schéma et ont dit que c'était comme ça qu'on faisait les mines déclenchables à distance. J'ai expliqué à l'officier ce que c'était, mais il m'a répondu : "tu veux m'apprendre quelque chose à moi, qui suis ingénieur". Je lui ai dit que s'il était ingénieur il devait à plus forte raison savoir ce que c'était. Et il a commencé à crier que les derniers temps il y avait eu plusieurs explosions, et que les mines étaient faites selon ce schéma. Je n'avais jamais entendu parler de ces explosions. Je suis malade, souffre de l'estomac, et je sors très rarement de ma cour.
Ils ont dit que de toute façon ils m'emmenaient. Alors les enfants se sont interposés, et ils ont voulu prendre notre fils de quinze ans. Ma femme les a supplié de ne pas toucher les enfants et de l'emmener plutôt elle. Alors ils l'ont emmenée. On nous a attaché les mains derrière le dos, bandé les yeux, poussé, amené jusqu'au centre du village où se trouvaient des blindés, puis emmené dans le 137ème régiment de parachutistes qui se trouve près du village de Khatouni. Là bas on m'a mis tout de suite dans une fosse, et ma femme a d'abord été emmenée dans une tente qui n'était pas chauffée, puis ils l'ont mis avec moi. Dans la fosse se trouvait une bouteille avec de l'eau, mais on ne pouvait pas la boire parce qu'elle était transformée en glace. La fosse devait faire un mètre, on ne pouvait pas se tenir debout parce qu'elle était fermée par des rondins recouverts de terre.
Après un certain temps on a commencé à nous transmettre la nourriture que nous faisaient passer les gens de notre village. Mais ma femme n'a rien pu manger pendant douze jours
Récit de Zaboura, la femme de Moukhadi
On m'a interrogée, menacé de me fusiller, on m'a battu sur la tête, torturé à l'électricité. Ils accrochaient les fils aux doigts, faisaient passer le courant dans les épaules. Je sautais en raison des décharges, et ils me disaient "danse !".
Sur la table il y avait des instruments médicaux, des grandes seringues, ils ont dit qu'ils appliqueraient tout ca à mon mari si je ne parlais pas. Ils ont voulu m'obliger à boire je ne sais quels médicaments.
J'étais en peignoir seulement. Quand on m'a mis avec mon mari, on nous a donné un bout de toile humide pour nous couvrir.
Ils exigeaient de nous tellement d'argent que nous n'aurions jamais pu payer.

Récit de Chadid, directeur de l'école de Makhkety
La situation dans le village est tendue. Il y a souvent des contrôles ciblés, à domicile. Mais de véritable "nettoyage" il y en a pas eu depuis un mois et demi - deux mois. Les gens sont tendus, ils ne se sentent pas en sécurité.
Ceux qui en ont la possibilité partent dans les districts de Chelkovski et de Naour. Les derniers temps, 65 enfants ont quitté l'école ; 17 ont quitté la république, les autres sont ailleurs en Tchétchénie. Des familles entières partent, craignant les "nettoyages" et les tirs.
Il est devenu impossible de vivre. Pratiquement tous les jours, il y a des tirs d'artillerie. A la limite du village vit la famille des Khoutigov. Ils ont six enfants. Toute la famille a du vivre dans la cave, et finalement ils sont partis chez leurs fils à Tchervlennnaïa. Ils sont partis en espérant qu'ils pourront revenir ici quand ce sera plus calme. C'est la même chose pour les autres familles.
Beaucoup de familles ont peur des "nettoyages " comme des bombardements. A tout moment ont peut être frappé par un obus ou une balle perdue. Il n'y a pas longtemps, même pas un mois, il y a eu un bombardement à l'artillerie la nuit. Un obus est tombé sur un hangar dans une cour. Le maître de maison est sorti pour faire sortir le bétail de l'étable qui brûlait. Il a eu juste le temps de dire à sa mère de 70 ans, "j'ai fait sortir le bétail, allons chez les voisins". Quand ils sont sortis, sa mère devant, lui derrière, un éclat l'a frappé à la tête. Le blessé a été emmené dans la base militaire. On lui a apporté les premiers soins. Mais quels soins peuvent être apportés ici, dans des conditions de campagne ? Ils l'ont gardé toute la journée, ils attendaient un hélicoptère qui n'a pas pu monter à cause du brouillard (c'est ce qu'ils disent), bien que ce jour là il n'y ait pas eu beaucoup de brouillard. Le soir, on l'a emmené en voiture jusqu'à Mozdok. Là bas, les médecins ont refusé de lui faire une opération. Il y avait sa femme avec lui. Elle a trouvé des gens de Chali dont la mère était morte après une opération et qui ramenaient son corps pour être enterré. Ils l'ont emmené dans la même voiture, jusqu'à l'hôpital d'Argoun. Là bas on l'a soigné, mais il est mort au bout de dix jours.
Les gens se font arrêter. Il y a peu, un mari et sa femme ont été arrêtés, avec leur voisins ; le quartier avait alors été complètement encerclé. Les quatre fils des Mitsaev, déjà des adultes, ont été arrêtés. Mais ils ont été libérés le deuxième jour, alors que les Aïoubov ont été gardés pendant plus de deux semaines dans les fosses.
Le dernier nettoyage a été ciblé . Ils ont pris une voiture de marque étrangère, une jeep. Ils ont déclaré que c'était la voiture de Maskhadov, qu'elle était cachée. Ils ont embarqué le maître de la maison où se trouvait la voiture, ils ne l'ont libéré qu'après deux-trois jours. Le propriétaire dit que cette voiture lui a été confié par un parent et pas par Maskhadov. Mais de toute façon ils ne rendent pas la voiture.
Maintenant les enfants ont peur d'aller à l'école. A n'importe quel moment il peut se passer quelque chose sur le chemin. Les enfants peuvent être écrasées par une voiture militaire, elles passent souvent à grande vitesse, ou ils peuvent tomber sous un bombardement. Environ 70% des enfants viennent à l'école. Les parents ont peur de les laisser y aller. A n'importe quel moment il peut y avoir un nettoyage. Et le village est grand, les enfants vivent à 1,5-2 kilomètres de l'école. Les enfants eux sont contents de venir à l'école, ils en ont envie.
Le chauffage est payé par les parents. On a demandé 20 roubles à chacun pour ca. Les parents étaient d'accord, ils ont réuni eux-mêmes l'argent, acheté le bois, ils ont mis 18 poêles dans les classes. On chauffe au bois.
On a aussi une chaudière au charbon. Il nous reste 15-20 tonnes de charbon, d'avant la guerre. On nous a dit qu'on livrerait du charbon, mais pour l'instant il n'y a rien eu. Mais pour que la chaudière fonctionne normalement en plus de charbon il faut du courant électrique stable.
On a en principe l'électricité mais cela marche très rarement. Cela fait deux trois semaines qu'il n'y en pas. La seule raison, c'est quand une colonne militaire passe, les militaires qui n'ont rien à faire tirent sur les côtés, sur les fils, sur les isolateurs.

Récit de Siradzhi Zoumaev, chef par intérim de l'administration du village de Tevzeni.
Lors du dernier nettoyage, le 6 février, on a emmené de la maison de Visit Djabraïlov un téléphone, un ordinateur, 400 m de câble, plusieurs chaise et encore quelque chose. Les militaires ont donné un reçu sur un bout de papier, avec la date et la signature. Leur commandant est un sous-officier (Zoumaev ne se rappelle pas de son nom de famille, mais il a conseillé de ne pas demander à la famille, disant qu'ils avaient peur de tout). Ils n'ont pas dit pourquoi ca avait été confisqué. Le groupe qui a "nettoyé" notre village ce jour là est basé avec le 137ème régime, mais ils n'obéissent pas aux ordres du commandant du régiment.
J'ai été parler de ça au FSB. Ils m'ont dit qu'ils essaieraient d'éclaircir ça et de retrouver les affaires, mais ils n'ont pas donné de réponse concrète. Quand nous avons donné cette feuille au représentant du FSB, il m'a dit qu'il valait mieux qu'on aille voir le commandant du 45ème régiment. Il est aussi basé près de notre village.
Le représentant du FSB a convoqué le commandant de ce régiment et nous lui avons présenté cette liste. Nous ne lui avons pas donné l'original, mais une copie faite à la main. Il n'a pas nié que ce sous-officier était chez eux. Il a dit qu'il essayerait de nous faire rendre les affaires. Mais nous n'y croyons pas
L'instructeur politique que nous connaissons, du 137ème régiment, Sergueï, dit qu'il faut absolument s'adresser à la procurature. Je ne connais pas son nom de famille et je ne crois pas que ce soit son vrai prénom.
Les gens malheureusement préfèrent ne pas s'adresser à la procurature parce qu'ils ont peur de la vengeance des militaires.