"Des enfants violentés et assassinés devant une caméra".
Marc Reisinger - le 29 septembre 2000

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Tout l'horreur est contenue dans cette seule phrase. Les détails ont été relayés hier par les agences de presse et les correspondants des journaux belges en Italie :
"Onze personnes viennent d'être arrêtées, huit en Italie et trois en Russie, tandis que la police a identifié 1.700 suspects pour recel ou divulgation de matériel pédo-pornographique. Le parquet de Torre Annunziata (Naples) qui a ouvert l'enquête il y a près de deux ans, à la suite d'une signalement de "Telefono Arcobaleno", le numéro vert pour la protection des mineurs, a découvert l'existence d'une vaste production vidéo de pornographie pour pédophiles, commercialisée dans le monde entier, à travers Internet, par une organisation russe, avec un chiffre d'affaires dépassant 600 millions de dollars... Les productions nécros-pédo où les enfants sont non seulement violés et malmenés mais aussi tués devant la caméra sont hors de prix... Les malheureuses victimes étaient, semble-t-il, des enfants kidnappés dans des orphelinats en Russie et dans des pays du Moyen-Orient et certains d'entre eux seraient encore prisonniers de leurs ravisseurs (Le Soir, 28/9/00).
Seul De Morgen a jugé utile de consacrer un article de première page à cette affaire. Les autres quotidiens se contentant de parler du naufrage du ferry grec, de même que les radios et la télévisions. Sur quelles bases morales juge-t-on que la mort de 63 touristes constitue une affaire internationale, mais pas la torture et le meurtre de nombreux d'enfants ?
Notons que "tous les paiements [ du réseau italo-russe] auraient été faits à travers la très respectable Western Union, y compris le siège de la filiale bruxelloise de la banque" (Le Soir, 28/9/00), ce qui signifie que le réseau aurait des clients belges également.
Dès aujourd'hui pourtant, la majorité de la presse a refoulé l'affaire et ne se préoccupe plus que du fait que la télévision italienne a montré des images d'enfants abusés, pour illustrer son reportage sur le réseau pédo-criminel. Le scandale n'est plus le fait lui-même, mais le fait d'en parler (comme dans l'affaire de la liste de pédophiles) !
Ainsi la presse belge s'abstient à la fois de réfléchir sur la gravité majeure de l'événement : l'existence sur notre continent de réseaux organisant et filmant l'assassinat d'enfants enlevés, et sur le lien avec les enquêtes étouffées en Belgique (*). En effet, les "affabulations pornographiques" de Regina Louf - dénoncées par les tenants du "bon sens" grossier - n'en étaient pas. On tue bien des enfants, comme l'indiquait le titre du livre de Regina Louf ("Silence ! On tue des enfants", Editions Mols, 1998), et à nouveau on fait silence... Rappelons que Regina Louf déclare avoir assisté à environ 70 meurtres, ajoutant que dans les dernières années la plupart des enfants provenaient des pays de l'est. Encore une fois, ses déclarations correspondent à la réalité - comme dans l'affaire de la champignonnière. Cette fois cependant, on ne pourra pas dire que les enquêteurs (italiens) lui ont soufflé le contenu du dossier (qui n'était même pas ouvert).
Si la justice belge avait continué à travailler sur ce témoignage et sur d'autres, elle aurait peut-être obtenu des résultats semblables à ceux de la justice italienne après 18 mois d'enquête. Au lieu de cela, nous avons eu droit (en janvier 1998) à une étrange conférence de presse des Procureurs généraux, destinée à endormir l'opinion et à discréditer Regina Louf. Pas de quoi être rassuré pourtant : le fait que les Procureurs généraux - généralement peu soucieux de l'opinion publique - aient pris la peine de convoquer la presse pour disqualifier un témoin dans des enquêtes encore en cours, donne plutôt à penser que ce témoignage n'était pas négligeable. Même impression lorsque le témoin X3 - qui a décrit des meurtres d'enfants commis en partie par les mêmes auteurs - a été reçue par le chef de cabinet du ministre de la Justice Van Parys dès qu'elle s'est plainte à son tour du fait que l'enquête sur son témoignage était bloquée (Voir: Bulté, De Coninck, Van Heeswyck, Les dossiers X, pp 315-320).

(*) Seul Le Matin (29/9/00) établit un lien entre la découverte du réseau italo-russe et le travail de l'association Morkhoven de Marcel Vervloesem en Belgique.