Me Preumont (ULB):
"Quatre ans de préventive. Mais que fait le juge Langlois?"
Le Matin du jeudi 7 décembre 2000 - par Jean-Pierre De Staercke
Contacte hierpar nos soins, Me Marc Preumont, pénaliste rénommé, célèbre ténor
d'assises et professeur de procédure pénale à l'ULB, ne peut comprendre intellectuellement
et pratiquement pourquoi l'instruction Dutroux ne connaît pas de fin. "Il faut
reconnaître que des dossiers éminemment complexes, comme la Belgique a pu en
connaître ces vingt dernières années, ont nécessité des instructions extraordinairement
longues.
Mais 4 ans, c'est énorme et, en apparence,
les faits instruits à Neufchâteau ne paraissent pas si extraordinairement complexes.
Sans doute,faut-il présumer que des investigations forcenées sont ménées pour
essayer de démonter toutes les connexions possibles, probablemnet même au-delà
desfrontières. On ne peut que le présumer. Mais nous n'en aurons la réponse
qu'au moment du procès en assises"
Si l'on devait découvrir que tout n'a pas été fait pour trouver la vérité sur
des connesxions éventuelles, une si lonque instruction se justifirait-elle encore?
Intellectuellement et même pratiquement, ce ne serait plus explicable. Et, d'ailleurs,
si l'on devait atteindre un délai de 6 ans avant procès, je ne vois pas comment
la Belgique échapperait à une condammantion de la cour européenne des droits
de l'Homme à Strasbourg.
Car, si des magistrats peuvent affirmer qu'à crime exceptionnel, il faut des
mesures exceptionelles, Strasbourg ne connaît pas ce type de raisonnement. Ce
qui n'empêche que cette cour supranationale examine aussi les actes qui ont
été posés et qui, obligatoirement, ont dû être posés en regard des faits incriminés.
Et là aussi, il est trop tôt pour tirer des plans sur la comète.
Le droit pénal est fait de beaucoup de tecnique juridique mais est aussi très
fort de symboles. Aujourd'hui, cette technicité procédurale n'écrase-t-elle
pas tout sur son passage, à l'encontre du bon sens?
De ce qui ressort ici, la technique juridique prend le pas sur le reste et elle
ne semble plus se marier avec le bon sens. Car, symboliquement, il y a maintenant
des signes annociateurs d'une libération ou du mot "libération".
Bien sûr, sur le fond, Dutroux n'est pas près de recouvrer la liberté puisqu'il
est détenu pour autre cause et que , dès lors, l'essentiel paraît sauvegardé.
Et, par conséquent, une gestion astucieuse des question de prcédure va couper
court au débat sur la détention préventive de Dutroux. Mais la question sur
la nécessité ou non de mener une instruction aussi étendue dans le temps est
du même coup esquivée.
Cela, on le conçoit mal. Pourquoi n'est-on pas fichu d'instruire normalement
dans des délais normaux? Peut-être le juge Langlois passe-t-il son temps à fermer
des portes qui n'ont jamais été ouvertes.