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Treize victimes, dix accusés à Nivelles La Nouvelle Gazette, le 31 janvier 2001 Après bien des hésitations, après de longues nuits blanches, Sarah, sa soeur Emily, ainsi que 11 autres jeunes victimes, ont décidé de sortir de leur silence, de raconter le calvaire sexuel qu'elles ont enduré, alors qu'elles étaient mineures. Une longue aspiration de fumée, une cigarette qui tremble entre les doigts et Sarah, 21 ans, se met à parler: "C'était en janvier 1995, au parc Disneyland de Paris. Mon oncle, chauffeur de car, m'a emmené dans sa chambre, à l'hôtel Ibis, et les attouchements ont recommencé. A l'époque, j'avais 15 ans et ça durait depuis plus de dix ans." Un silence. Puis, sa soeur, Emily, 19 ans, reprend: "Moi, c'était ma tante qui se chargeait d'explorer mon corps, sous les directives de son mari qui observait. Ça se passait à leur domicile, cité du Vert-Chemin à Nivelles." Charles est arrêté. Outre Sarah, une de ses propres filles l'accable également. L'homme, 49 ans aujourd'hui, achève de purger sa peine à Saint-Hubert. Il sera le seul condamné dans cette affaire. "Je n'ai jamais voulu accuser ma tante: je pensais qu'on ne me croirait pas", avance Emily. En 1997, Marie-France, la mère des deux adolescentes recueillent des aveux complets. "J'ai été naïve: je savais que mon beau-frère avait les mains baladeuses, qu'il avait déjà été condamné en 1991 mais j'étais loin de me douter de tout cela", dit-elle. "Tout cela", ce sont des orgies qui se déroulent à Thynes, près de Nivelles, dans la maison que prête un couple. Les enfants de Charles, du couple-prêteur, mais aussi les nièces et cousins plus éloignés, sont forcés à se livrer à des scènes abominables. "Après les révélations d'Emily sur les attouchements dont elle fut victime, j'ai décidé de porter plainte, à Nivelles", raconte Marie-France. Une plainte qui, selon Me Jean-Paul Tieleman, sera classée sans suite. "C'est honteux: je n'ai aucune confiance envers M. Depretre. J'attends maintenant qu'il s'empare de l'affaire. S'il ne le fait pas, j'irai moi-même déposer une nouvelle plainte", déclare l'avocat. Ce qui paraît le plus aberrant, c'est la liberté conditionnelle dont jouira Charles, deux ans plus tard. Non seulement il circule à quelques centaines de mètres de l'endroit où ses jeunes victimes ont élu domicile mais, de plus, il conduit un car de ramassage scolaire: "C'est insensé de l'avoir remis au contact d'enfants", s'exclame Marie-France. Finalement, après intervention de Claude Lelièvre, délégué aux droits de l'enfant, le pédophile regagnera sa cellule. Pourquoi, aujourd'hui, Sarah et les autres victimes reviennent-elles sur ces faits, dénonçant au passage dix autres personnes qui auraient participé aux orgies de Thynes? "C'est la récente affaire de Sainte-Ode qui nous a décidés à parler. En lisant les journaux, nous avons appris que c'étaient les révélations d'une adolescente qui avait permis d'arrêter une série de personnes. Que de similitudes avec ce qui nous était arrivé...", explique la jeune fille. Malgré les épreuves que de tels souvenirs soulèvent, elle convainc sa soeur et 11 autres victimes de parler, espérant relancer la machine judiciaire. "Je sais que mon oncle sortira de prison vendredi. C'est aussi ma vengeance de rouvrir ce dossier. Je n'ai pas peur", soutient-elle avec un certain soulagement. J.-F. Eg. |