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JUSTICE.
Emile Louis suspecté de nouveaux crimes
LIBERATION - 13/2/2001
- Sophie Bouniot
Le tueur en série présumé restera
en prison
La cour d'appel de Paris a
rejeté, hier, la demande de mise en liberté de l'ancien chauffeur mis
en examen dans l'affaire des disparues de l'Yonne et rattrapé depuis vendredi
par son passé varois. RAPPEL DES FAITS.
Vingt-quatre ans! Il a fallu
tout ce temps pour que la justice commence à cerner le long parcours macabre
d'Emile Louis. La chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris a
rejeté, hier, la demande de remise en liberté de l'ancien chauffeur de
car, meurtrier présumé dans l'affaire des disparues de l'Yonne. Une décision
rendue trois jours après l'ouverte d'une nouvelle information judiciaire
par le parquet de Draguignan (Var).
Incarcéré depuis le 14 décembre dernier à la maison d'arrêt d'Auxerre,
l'homme, âgé de soixante-sept ans, est mis en examen pour " enlèvements
et séquestrations " de sept jeunes filles déficientes mentales légères.
Ces dernières ont disparu entre 1977 et 1979, alors qu'elles étaient suivies
par la DDASS de l'Yonne et que la plupart d'entre elles fréquentaient
l'Institut médico-éducatif (IME) Grattery à Auxerre. Emile Louis, alors
chauffeur aux Rapides de Bourgogne, les conduisait de leur domicile à
l'établissement spécialisé. Devenant, dans plusieurs cas, la dernière
personne à les avoir vu vivantes.
Interrogé la veille de sa mise
en détention par les enquêteurs, Emile Louis avait avoué les sept meurtres
- il s'est rétracté en janvier dernier -, expliquant qu'il avait agi "
par pulsions " après avoir eu avec les jeunes filles, âgées de seize à
vingt-sept ans, des relations sexuelles librement consenties. Lors de
ses aveux, le suspect avait même indiqué les divers lieux où il avait
enterré les corps. Les recherches, commencées le 15 décembre, ont été
finalement interrompues vendredi dernier. Ces fouilles, effectuées le
long de la rivière le Serein, un endroit où Emile Louis avait l'habitude
de pêcher à l'époque des faits, ont permis la découverte de deux squelettes
presque complets (actuellement en cours d'analyse) ainsi que des vêtements
féminins qui ont, depuis, été identifiés par des proches des victimes.
Les modifications, depuis vingt ans, du cours de la rivière ont rendu
les investigations difficiles. Le responsable du service de recherche
de la gendarmerie de Paris, le lieutenant-colonel Michel Pattin, n'a ainsi
pas exclu que les restes de certains corps aient pu être dispersés par
les eaux.
Coïncidence du calendrier, le même jour que l'arrêt des fouilles, le procureur
de Draguignan, Christian Girard, ouvrait une seconde information judiciaire
contre Emile Louis. Dans un communiqué, le représentant du ministère public
a fait savoir qu'une enquête préliminaire, débutée le 22 décembre 2000,
a permis de démontrer l'existence " d'indices graves ou concordants rendant
vraisemblable la participation d'Emile Louis à plusieurs crimes " commis
entre 1992 et 1994. Si, le cas échéant, la prescription peut être invoquée
s'agissant des jeunes handicapées assassinées près d'Auxerre, il n'en
sera pas de même pour les chefs d'accusation instruits dans le Var : viols
avec tortures et actes de barbarie sur deux personnes particulièrement
vulnérables en raison de leurs déficiences physique ou psychiques, viol
d'une femme et d'un mineur de quinze ans par personne ayant autorité.
Ces derniers faits se seraient déroulés juste après la sortie de prison
d'Emile Louis à la suite de sa deuxième condamnation en 1989, par le tribunal
correctionnel de Draguignan, pour attentat à la pudeur sur mineurs (en
1983, l'homme avait déjà été incarcéré durant quatre ans pour abus sexuel).
Soupçonné d'autres méfaits perpétrés avant 1992, donc soumis à la prescription,
le parquet varois a préféré retenir sa participation à trois crimes concernant
deux mineurs et leur mère. Durant l'instruction, les enquêteurs ont notamment
retracé le parcours d'Emile Louis à partir de 1986 sur la Côte d'Azur,
de Fréjus à Roquebrune-sur-Argens pour finir à Draguignan. Devant l'accumulation
des charges qui pèsent désormais sur lui, Emile Louis aura bien du mal
à se sortir des griffes d'une justice qui a définitivement décidé de l'enserrer.
Sophie Bouniot
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