| Une
histoire qui réveille des cauchemars Libération - vendredi 16 février 2001 Par ONDINE MILLOT Autre village, autre affaire, mais un témoignage similaire. L'écrivain Jean-Yves Cendrey, qui a fait éclater l'affaire de Cormeilles en menant sa propre enquête, continue ses révélations. Hier, à 15 heures, il convoquait la presse dans son jardin pour leur lire un bref communiqué indiquant qu'il pensait avoir "bien fait" en conduisant lui même l'instituteur Marcel Lechien à la gendarmerie il y a plus d'une semaine. "Je devrais m'arrêter là, mais j'ai reçu une lettre ce matin, un témoignage", poursuit Jean-Yves Cendrey. Il prend sa respiration et entame la lecture. Libération a retrouvé l'auteur de cette lettre. Il s'agit d'une femme de 35 ans qui habite Louviers, à une quinzaine de kilomètres d'Evreux, dans l'Eure. Les faits qu'elle raconte ne concernent pas Cormeilles, mais une autre affaire de pédophilie qui se serait déroulée en 1974 dans un petit village de 300 habitants dans la région de Louviers. Voici son témoignage recueilli hier. "Pendant l'année 1974 j'ai été violée par l'unique enseignant de l'école de mon village. Pendant la classe, il venait me dire qu'il fallait que j'aille aux toilettes, qui se trouvaient au fond de la cour. J'y allais, il me suivait, il s'enfermait avec moi et me demandait une fellation. Ça se passait une à deux fois par semaine, j'étais en CE1, j'avais 8 ans. Quand je suis passée en CE2, il a arrêté avec moi et il s'est mis à aller aux toilettes avec un autre petit garçon. Aujourd'hui, il est toujours enseignant, dans cette même école. Je ne peux pas m'empêcher de penser que ça a continué, avec un nouvel enfant chaque année. Pendant vingt-sept ans je me suis tue, la peur, la honte. Ma mère n'est au courant que depuis octobre dernier. Aujourd'hui c'est l'affaire de Cormeilles qui m'a convaincue de parler. Je sais que pour moi c'est trop tard, il y a prescription, mais je voudrais qu'on enquête sur ce qui s'est passé depuis dans cette école. A l'époque, la mère d'un de mes camarades était au courant. Je pense que d'autres personnes pourraient témoigner dans le village. Je voudrais qu'il paye pour ce qu'il m'a fait.". |