Justice: l'homme de Sars-la-Buissière se plaint de ses conditions de détention à la prison d'Arlon

Marc Dutroux assigne l'Etat belge en référé

Le tribunal se réunit aujourd'hui à Arlon pour traiter du régime carcéral du ravisseur de Julie et Mélissa. Il serait contraire aux droits de l'homme, selon son avocat.

Le Soir du jeudi 4 janvier 2001 - FRÉDÉRIC DELEPIERRE

Cela fait des mois, et même des années, que Marc Dutroux se plaint de ses conditions de détention à la prison d'Arlon. Il a même justifié son évasion du palais de Justice de Neufchâteau comme étant l'unique moyen qu'il ait trouvé pour les dénoncer. Aujourd'hui, l'affaire se retrouve devant les tribunaux et plus particulièrement devant le tribunal des référés d'Arlon.

Pour l'occasion, l'homme de Sars-la-Buissière ne sera pas défendu par son avocat habituel Me Julien Pierre mais par son confrère Me Marc Nève, représentant belge au comité contre la torture. Voici plusieurs mois, nous avions évoqué ensemble les conditions de détention de Marc Dutroux, explique Me Pierre. Nous en sommes arrivés à la conclusion que par rapport à d'autres détenus, le traitement qu'il subissait était dégradant. Et de plus, contraire aux droits de l'homme et aux articles 7 et 10 du pacte international de New York (1966) relatif aux droits civils et politiques.

D'ailleurs, aucun détenu en Belgique ne subit pareil traitement. Depuis le début de sa détention préventive, en août 1996, Marc Dutroux a été soumis à un régime carcéral particulièrement lourd. On a élaboré un règlement pour lui seul, constate Me Pierre. Dès la tombée de la nuit, un gardien vient allumer la lumière de sa cellule toutes les 7 minutes et demie pour s'assurer que rien ne se passe. Là où un détenu " traditionnel " dispose de trois promenades au préau par jour, Dutroux ne s'en voit octroyer qu'une seule. Sans compter les multiples fouilles corporelles auxquelles il est soumis tous les jours, ajoute l'avocat. Quant aux visites, c'est le néant à part son fils aîné qu'il a vu trois fois au début.

Dès lors, comme le confirme son conseil, Marc Dutroux a opté pour un système dissuasif à l'encontre de ses gardiens. Il a maculé de ses excréments le radiateur de sa cellule. L'odeur était telle que soudain, les contrôles sont tombés d'un cran. Physiquement, le détenu se porte bien mais son avocat craint pour son état mental. C'est d'ailleurs en ce sens qu'il justifie l'action entreprise en référé en compagnie de Me Nève.

On nous annonce le procès en assises pour le mois de septembre. Mais mon client n'est pas en état de préparer un procès ni de s'y défendre correctement. Il a été reconnu responsable de ses actes au moment où il est supposé les avoir commis mais actuellement, il n'est pas en état de s'en expliquer. Un argument auquel, Jean-Denis Lejeune, le papa de la petite Julie préfère ne pas répliquer en laissant les lecteurs se faire une idée même s'il affirme que lorsque l'on a retrouvé Julie morte, elle n'était pas non plus en état de répondre. Et l'homme de loi de revenir sur le procès de l'évasion de son client au cours duquel il avait sollicité la nomination d'un expert afin qu'il vienne en prison constater les conditions de détention de Marc Dutroux.

Sa requête fut rejetée tant en première instance qu'en appel arguant du fait que l'évasion était préméditée et que le fuyard était lucide puisqu'il avait écrit à son fils et changé de look. A la prison, on ne souhaite pas faire de commentaire sur ce fameux " traitement de faveur ". De toute façon, tout le monde se rejette la responsabilité, ponctue Me Pierre, au ministère de la Justice, à l'administration pénitentiaire ou chez le juge d'instruction.