Marc Dutroux reste en talue. Mais les autres?
Le Matin du jeudi 7 décembre 2000 - par Jean-Pierre De Staercke

Cinq ans fermes. L'ennemi public n° 1 est détenu jusqu'en 2005. Quid pour Martin et Lelièvre?

L'événement attendu hier matin est retombe froidement. La cour d'appel de Liege a en effet confirmé la peine de sans fermes infligée à Marc Dutroux par le tribunal correctionnel de Neufchâteau pour son évasion en avril 98, hors la présence de l'acteur phare. L'empereur des affreux ne s'était pas dérange. Quelques minutes de lecture, quelques attendus pas vraiment inattendus et le rideau à chuté. A 9hI5 du mat', les juges se plongeaient déjà dans un autre dossier. Quelques secondes de procédure restent cependant lourdes de sens. Après la lecture de l'arrêt qui lui balance une demi-décennie dans la mâchoire, les robins ont également ordonné l'arrestation immédiate du condamné. Mais que signifie doncce jeu etrange puisque, pour être détenu, il est détenu, notre Dutroux national? Disons-le franco, chroniqueurs judiciaires et même magistrats et avocats ne s'y retrouvent pas toujours eux-mêmes dans les dédales de la technique juridique. Ici, pourtant, le scénario est relativement clair même si fort nombreux sont les couloirs du labyrinthe. Commençons par le commencement.

Une condamnation à une peine de prison ferme n'est pas synonyme de mandat d'arrêt. La loi est ainsi faite, pour coller un zigue au mitard, il faut une notification explicite de sa privation de liberté. Sans exagérer un instant, des rombiers sont condamnés tous les jours à des peines fermes et sortent pourtant libres des palais de Justice. Mais si on en tient un qui est déjà menotté pour un premier dossier, pourquoi exiger encore le papelard nécessaire pour l'emballer dans le cadre d'un deuxième dossier? Parce qu'en général, on craint qu'il soit arrivé à fond de peine pour la première condamnation, que les portes du pénitencier s'ouvrent et qu'il s'égaille dans la nature avant qu'on lui ait notifié l'arrestation pour la seconde condamnation. Ce décor théorique étant planté, l'actualisation du nouveau spectacle DDDT - Dutroux, Dysfonctionnement et Déconnade Totale - peut commencer.

L 'arrestation immédiate qui fut prononcée hier dans le cadre de son évasion a pour but d'éviter que le XXIème siècle ne s'ouvre sur une décision apocalyptique dont le Royaume ne se releverait pas: la mise en liberté de l'ennemi public N°1, inévitable pour ne pas encourir une sanction de la cour européenne des droits de l'Homme qui stigmatise si souvent les détentions préventives qu'elle juge excessives. Or, Dutroux est en tôle depuis 4 ans et demi et l'on ne prévoit pas son procès avant septembre 2002. A coup sur, tout assassin qu'il est, s'il purge 6 ans sans être condamné, la Belgique se chopera un arrêt décapant à Strasbourg et ça nous ferait encore une chouette bouille sur les scènes internationales. Donc, on cherche l'astuce pour le maintenir en cabane sans fâcher les droits de l'Homme.

Et on la trouve avec son évasion puisque, grâce à elle, il est, sans hésitation possible, tenu a l'ombre jusqu'en 2005. Par ailleurs, on sait aussi qu'il avait été mis en liberté très tôt, lorsqu'il fut condamné voici 15 ans à 13 ans de bagne pour le rapt de deux fillettes. Il y a là aussi un fameux reliquat à purger. N'importe, le message de la cour d'appel de Liège était hier: "Confiance, citoyens! Le zebre n'est pas pres de filer". Bien compris, messieurs. Tellement bien que Me Julien Pierre annonce déjà qu'il envisage de demander la libération de son client dans le dossier de Neufchâteau. Bien vu, Me Juju, vous l'obtiendrez cette libération. Et Michele Martin, là-dedans? Et Michel Lelièvre?

Ils sont également détenus en preventive et reclament eux aussi la relaxe... Mais, cette fois, personne n'a encore trouvé l'astuce pour les maintenir en cellule jusqu'au procès. Pleurons pas, c'est du belge.