Scandaleuses écoutes

Dernière Heure 14/2/2001 - la Redaction

Un de nos journalistes placé durant 3 jours sur écoute

BRUXELLES

Un faits-divers publié dans nos éditions du 30 septembre 2000 et du 2 octobre 2000, relatant, sans l'identifier, l'agression dont fut victime une jeune femme sur le territoire de la commune de Boitsfort avait suscité une enquête ordonnée par le substitut Marianne Thomas, du parquet de Bruxelles. Ayant recueilli la plainte de la mère de la victime, le magistrat avait ordonné que soit identifié le policier qui aurait divulgué l'information à la presse. Sachant évidemment que notre journaliste, Philippe Crêteur, refuserait de divulguer ses sources, le substitut Thomas a requis le juge d'instruction Sabine Huguet - dont c'était le premier jour de service! - de faire placer sous zoller - un appareillage permettant d'identifier les numéros entrants et sortants des téléphones visés - le GSM privé du journaliste, son téléphone fixe à la rédaction (qui est par ailleurs celui par lequel transitent toutes les communications parvenant à la rédaction de Bruxelles) et les téléfax de la rédaction. Et ce durant trois jours!

Ainsi toutes les communications données ou parvenues au journaliste et -par extension à une bonne partie de la rédaction- ont été identifiées! Tout cela pour constater que le policier suspecté de nous avoir informé ne figurait pas sur le (très) long listing communiqué par Belgacom et Proximus! Un listing qui, contrairement aux conseils prudents de magistrats expérimentés, n'avait pas été placé sous scellé. Histoire d'éviter qu'au moins les appels n'ayant aucun rapport avec l'enquête ne s'égarent...

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EDITO PAR MICHEL MARTEAU

Le parquet de Bruxelles a cru bon de placer l'un de nos journalistes sur écoute téléphonique. Pendant trois jours, le GSM privé de Philippe Crêteur, son téléphone fixe professionnel ainsi que le fax de la DH ont ainsi été espionnés avec la bénédiction d'un juge d'instruction. L'affaire dont il est question ne mettait pourtant en cause aucune vie humaine, auquel cas nous n'aurions pas contesté cette décision de justice.

Ici, il s'agissait simplement d'identifier notre informateur dans une affaire de moeurs, dans le cadre de ce qui ressemble à un règlement de comptes entre un substitut du procureur de Roi et un policier. A cette vilenie, les magistrats concernés ont ajouté l'inefficacité, puisque l'informateur en question n'a pu être retrouvé. Le principe n'en reste pas moins choquant et condamnable. C'est aussi l'avis exprimé, en privé, par certaines personnalités de premier plan du monde judiciaire.

Dans une autre affaire, traitée cette fois par le parquet de Mons, un juge d'instruction déploie un zèle tout particulier pour découvrir les sources qui nous ont permis de confondre un pédophile notoire. On va jusqu'à nous demander la liste complète des maquettistes qui ont mis en page l'une des photos qui accusent l'odieux individu!

Manifestement, la DH dérange. Nos capacités d'investigation, notre indépendance rédactionnelle et notre souci d'informer sans tenir compte des pressions suscitent ici et ailleurs des réactions disproportionnées. Ceci ne nous empêchera pas, demain, de continuer à exercer notre métier de journaliste, de poursuivre dans cette voie que nous nous sommes toujours fixée. Chers lecteurs, merci de votre confiance. Chaque jour, nous nous efforcerons de la mériter. En toute dignité. Mais sans concession...

La Rédaction