Dans « LE MATIN » de ce 23.10
Erik Rydberg
En choisissant d’organiser, samedi, un colloque sur le thème de l’organisation pédo-criminelle en tant que chose «impensable», la Coordination du réseau de vigilance et de solidarité des comités blancs (appellation exacte, dont les termes valent d’être médités) a, pour ainsi dire, opté pour la métaphore.
De l’affaire Dutroux, il n’a été quasi pas été question. Pas ouvertement. Mais elle était là, telle une ombre en filigrane, d’un bout à l’autre.
Voir l’avocat des Brichet, Jean-Maurice Arnould qui, lors d’une pause, relaie l’observation de journalistes allemands, venus couvrir l’événement: « Le tabou qui masquait auparavant les faits de pédophilie fait aujourd’hui le silence sur les réseaux... »
On pourrait aussi citer Catherine Bonnet, cette pédopsychiatre parisienne qui, pour avoir dénoncé des abus d’enfants, s’est trouvée, au terme d’une cascade d’actions disciplinaires complaisantes dirigées contre elle, frappée d’une interdiction professionnelle. Elle parle de ses dossiers, chaque fois des « histoires d’inceste compliquée », pas réductible à un petit dossier gentil, ficelé facile.
Et elle parle des enfants qui se sont confiés à elle. « Ils me disaient, comme pour me tester : tu veux que je raconte encore un truc ? pour, ensuite, hésiter devant le précipice : tu penses que je devrais raconter, cela aussi, au juge? »
Encore un truc, et puis : cela aussi... L’impensable.
A l’origine du récent démantèlement d’un réseau pédo-criminel italo-russe, le prêtre Don Fortunato est interviewé par vidéo. Il sait de quoi il s’agit. « Ce n’est pas une chasse au fantasme, c’est la réalité, glaciale. »
Mais c’est Germain Sengelin, ancien doyen des juges d’instruction du tribunal de Mulhouse, qui aura les mots les plus percutants. Invité, au départ de sa riche expérience, à parler du réseau comme hypothèse de travail, il choisira, au lieu, d’improviser.
Cela donne une condamnation du discours négationniste à l’égard des réseaux. Il est « intellectuellement aberrant, débile, consternant ».
Puis, salut appuyé à la vigilance citoyenne, « constituée en milice privée pour vous substituez à la police officielle car, elle est, en gros, nulle ».
Il y revient, à cette police nulle, qui ne voit, elle, que « l’épiphénomène, l’acte isolé, donc, ah! mais c’est tout simple, un crime passionnel ».
Pour enfin, glacial lui aussi, dire son désarroi devant les enfants enlevés par les réseaux: « On ne les voit jamais revenir. Il y a, ici, un problème d’élimination physique ».
L’hypothèse de travail et ses preuves
Germain Sengelin connaît la pédo-criminalité de près. Obligation de se protéger, car elle est puissante (« faites savoir autour de vous que vous avez caché vos preuves en de multiples lieux sûrs »). Difficulté de l’infiltrer. Et d’en concevoir les abominations : « Pas de traces physiques sur un bébé, donc pas d’abus ? J’ai mis des mois à comprendre, moi vieil imbécile de mâle, ce que sait toute femme, à savoir que le bébé est un suceur. » No comment.
Reste le problème de la preuve.
Peu de traces et, voir Dutroux, une preuve qui tient surtout en témoignages d’autrui, contestables.
Interview express. C’est un problème, non ? "La preuve est le résultat d’une construction accusatoire, complexe et longue. Il faut trouver les failles de l’autre : lui et autour de lui." Et les indices matériels ?
"On aura des instruments de preuve humains. Il faut chercher qui a un compte à régler avec qui, dans un réseau. On cherche des zones de fragilité, des balances... On reste dans des déclarations, oui, mais untel parlera de tel endroit et, de proche en proche, dès que vous avez un relais humain, vous arriverez sur du documentaire ou sur du matériel."
E.R.