Préface 

ON NE CROIT JAMAIS ce que disent les enfants : ils inventent, ils fabulent ou ils fantasment. Quand une jeune femme de 28 ans raconte ce qui lui est arrivé dès son plus jeune âge, dès l'âge de deux ans, on l'écoute mais comme on a du mal à l'entendre, on préfère ne pas la croire. Quand un petit garçon ou une petite fille raconte les "avances" d'un de leurs éducateurs ou d'un de leurs parents, comme on a du mal à l'entendre, on préfère ne pas les croire. Et les accusés deviennent très rapidement des victimes et les victimes des accusateurs. Comment peut-on donner foi à des récits aussi incroyables, comment peut-on mettre à égalité des enfants dont le cerveau n'est pas encore formé et des adultes expérimentés dont le cerveau a permis de faire la preuve de sa maîtrise par la place qu'ils occupent dans la société ?

Les pages que vous allez lire sont autre chose qu'un livre : c'est un cri maintes fois répété qui aurait envie d'être un hurlement pour la terre entière et qui, devant la surdité du monde des adultes, devient un gémissement, une longue plainte solitaire, des sanglots, des pleurs qui finissent par s'assécher : ce que vit cette petite fille est au delà des larmes. Elle témoigne pour toutes les petites filles exilées de leur enfance avant d'être interdites de vie. Car ne nous y trompons pas : ces réseaux d'hommes organisés ne sont pas seulement des groupes de pédophiles, de personnes ayant un goût particulier pour les enfants, une attirance pour le jeune âge de la vie, ce sont des assassins : ils n'acceptent pas que les enfants qu'ils touchent (et de quelle manière!) arrivent à l'âge adulte. Ils ne doivent pas dépasser l'âge de 16 ans. Car alors on pourrait les croire, on pourrait donner crédit à leurs témoignages. Il arrive aussi qu'on les tue plus tôt : quand ils manquent à la règle absolue décidée par les adultes qui les entourent de près. "Si tu parles, si tu racontes quoi que ce soit en dehors du cercle, tu deviens un ange". Ces hommes, ces bourreaux, ont recours à ce terme pour désigner ceux qui vont sortir de leur clan et du monde en général. Souvent, cette sortie de la vie est filmée en vidéo et des ébats pornographiques accompagnés de tortures précèdent la fin d'une existence, espérée par la malheureuse qui n'en peut plus d'être ainsi mal traitée, et qui n'aspire qu'à s'endormir pour toujours. Ces films, des "snuff-movies" ont une grande vogue, particulièrement outre-atlantique où des prostituées, souvent des enfants, subissent les pires outrages (par des hommes, adultes ou vieillards, des animaux ou des instruments divers) avant d'être exécutées. Les places sont chères, de 200 à 500 ou 1 000 dollars. Car le ressort de toutes ces turpitudes, de toutes ces bassesses, est l'argent. Avec de l'argent, dans ce monde, vous pouvez tout vous offrir : de beaux voyages, une belle demeure, des bijoux ou de jolies petites filles. Et vous pouvez, si vous en avez le désir, satisfaire vos goûts les plus secrets et les moins avouables, avant de revenir à la maison, où votre femme et vos enfants vous attendent, recevoir à dîner vos amis, vos associés, faire même preuve d'esprit ou de savoir, si vous êtes homme politique, magistrat, homme d'affaires ou policier.

Le beau monde que celui des adultes, doivent penser toutes ces petites filles. Le terrible monde. Et leurs mains... Les mains des adultes, celles qui vous touchent, qui vous palpent, qui vous fouillent, sans délicatesse, avec brutalité. Bizarre engeance que l'espèce humaine, qui peut se servir de ses mains pour sculpter un scribe dans l'Égypte ancienne, peindre une Femme au Turban au XVIIe siècle, construire des temples ou des cathédrales, écrire l'Odyssée ou Don Quichotte, composer la 9e Symphonie ou Don Juan ("l'Homme est intelligent parce qu'il a une main" disait Anaxagore), - et qui peut les transformer, ces mains, en instruments d'avilissement et de torture. Non, il n'est pas vrai, comme certains le disent, que ceux qui les utilisent ainsi, leurs mains, font partie de l'humanité au même titre que les autres : ils sont l'avarie du développement de l'être humain. Celui-ci, au cours de sa longue histoire, après des millions d'années peut accéder au sublime ou se traîner dans la fange.

Le calvaire d'une enfant est ici raconté; de manière parfois éclatée, non chronologique. Les souvenirs reviennent par bouffées douloureuses, se bousculent, se chevauchent. C'est l'histoire d'une longue souffrance qui ne parvient pas à être calmée. Le récit est parfois insoutenable : on voudrait en interrompre la lecture et il arrive qu'on souhaiterait ne pas l'avoir lu. Il faut cependant que vous vous y atteliez, que vous traîniez cette lourde charrue douloureuse avec tout votre courage, malgré tout votre dégoût, pour savoir ce qui peut arriver à des petits enfants en Europe à la fin du XXe siècle. Vous serez révoltés. Et vous aurez raison. Vous aurez envie de tuer. J'ai envie d'ajouter : et vous avez raison. il ne faut laisser aucun répit à la justice avant qu'elle n'ait achevé son travail.

Voilà. Lisez vite ce résumé. A 2 ans, sa grand-mère, qui tient un hôtel à Knokke, lui apprend à lécher le goulot d'un bouteille comme on suce une glace, et elle reçoit une terrible gifle quand elle en rit. Elle lui amène un "client" dans sa chambre pour qu'il la caresse entre les cuisses. A 4 ans, elle est violée et sodomisée par le médecin de famille pendant qu'elle est maintenue par sa grand-mère et trois autres hommes. A 5 ans, elle est filmée en vidéo pendant qu'elle est attachée sur le ventre et que des chiens excités s'abattent sur elle. A partir de 8 ans, elle a des "clients" tous les jours. Elle devient pubère très tôt, ce qu'elle attribuera aux mauvais traitements, à la sollicitation incessante de son corps, à l'obligation de se comporter comme une adulte (ce qui bouleverse son biorythme).

A 11 ans, elle met au monde une petite fille, Cheyenne, qui lui sera retirée quelques semaines après sa naissance par sa grand-mère. "Oublie, Ginie, n'y pense plus".

A 12 ans, ses parents lui présentent un de leurs amis, Tony, et lui annoncent : "Voilà, désormais c'est lui qui va prendre soin de toi, te protégera et dont tu dépendras." Cet homme de 40 ans se montrera attentionné les deux premiers jours, puis la viole. Ses parents l'avertissent qu'elle doit se taire: "Sinon, on te mettra dans un institut psychiatrique ou dans une maison de correction." Et de toute manière, ajoute Tony, qui le lui répétera très souvent : "Tout ce que tu diras, pourra être retenu contre toi."

Tony lui amène des clients tous les week-end et parfois tous les soirs, mais elle finira par mieux les supporter individuellement qu'au cours de partouzes avec tous les objets que les bourreaux introduisent (bougies, vibromasseurs, paire de ciseaux, canon d'un fusil).

Elle accouche d'un petit garçon prématuré, Elijah, en présence de quatre hommes qui profitent de son état. L'un d'eux enlève le bébé dont elle essaiera longtemps, en vain, de se rappeler le visage. Tony la ramène chez ses parents. "Chut, Ginie, tu as rêvé".

Deux ans plus tard, elle accouchera d'un nouveau petit garçon, Tiu, qui lui sera enlevé très vite : "Sois heureuse, qu'on ne l'ait pas achevé devant toi."

A 14 ans, au cours d'une partie de chasse, où des adolescentes de 13 à 16 ans doivent courir comme des lapins devant des hommes : "Si tu rates celle-ci, nous tirerons sur toi; si tu la tues, tu resteras en vie." Et il lui met de force le doigt sur la gâchette et appuie...

Durant ces années, elle a connu une fille de deux ans plus âgée qu'elle, Clo, qu'elle a aimé. Pour sa délicatesse. Pour sa gentillesse. Pour son caractère. En sa présence, elle retrouve un peu de goût à la vie. Mais deux ans plus tard, on lui interdit de la côtoyer ("Elle n'est plus clean"). Clo vit en permanence auprès d'un vieil homme. Une après-midi, Tony vient chercher Regina et l'amène en urgence dans un bungalow. Au premier étage, Clo est en train d'accoucher. (Ils avaient tenu à la garder enceinte, car certains bourreaux aiment profiter de cet état). Clo souffre et continue à être rudoyée avec différents objets. Elle pleure, elle est très fatiguée. On finit par la laisser seule avec Regina qui fait ce qu'elle peut, sans l'aide d'aucun médicament ni d'aucun médecin, mais avec toute la tendresse et tout l'amour du monde. A bout de force, Clo finit par accoucher et meurt.

Regina, désespérée, marche, arrive près d'un pont surplombant une ligne de chemin de fer et attend le prochain train pour sauter. Au fond d'elle même, une voix : "Non!!!" "Je dois raconter Clo ". Et c'est pour l'amour de Clo que vous lisez ce livre aujourd'hui.

Chrissie a 14 ans. Elle est amoureuse de Mich et fait des fugues pour le retrouver. Mais elle ne peut supporter ce qu'on l'oblige à faire, en particulier les fellations, dont les hommes sont si friands. Pour l'initier, on torture Regina devant elle en sacrifiant un lapin au dessus de son corps et en la violant de différentes manières : "pour qu'elle comprenne". Mais Chrissie ne s'y fait pas. Et lorsque, maladroitement, Regina fait savoir à une autre fille qu'elle a conseillé à Chrissie d'en parler à ses parents (qui comprendront), l'amie va aussitôt en parler à Mich. Regina va assister aux derniers moments de Chrissie dans la cave d'une champignonnière où, après avoir été attachée, lacérée, violée, elle mourra et son corps sera brûlé.

Comment a-t-elle pu vivre? Elle a été dressée dans le monde des adultes, comme un petit animal : ils lui faisaient faire ce qu'ils voulaient. Et, se disait-elle, pour que je sois ainsi traitée par tout le monde, par les parents, le protecteur et tous les hommes, c'est que je dois être mauvaise, que je dois être maudite, je dois être punie pour tous mes péchés. Je suis forcée de m'attacher à mon protecteur puisque, si méchant soit-il, je dépends de lui. Et c'est ainsi que, pendant des siècles, on a colonisé les esclaves. Et c'est ainsi que de nombreux otages, aux mains de terroristes, finissent par avoir pour eux de la sympathie sinon de l'amitié (phénomène bien connu sous le nom de "syndrome de Stockholm").

Elle a pu se retrouver face à elle même et s'accepter malgré tout, grâce à l'idée qu'elle possédait plusieurs personnalités, plusieurs cases de vies : l'écolière, la rebelle qui sèche les cours et qui hait les adultes et leur monde, la putain. Ce que confirmaient les divers noms dont Tony l'affuble: "petite souris", quand il la ramène chez elle, "'fillette" quand il la viole au petit matin, "putain" quand elle travaille avec d'autres pour lui. "Bô" quand elle s'occupe de lui qui est seul "Ginie" quand il essaie de la consoler... Comment a-t-elle fait pour continuer à vivre pendant ces années? Parce que, pense-t-elle, il y a au fond d'elle même, un petit animal monstrueux, qui s'appelle "survie".

Quand elle va vers ses 16 ans, elle sait que la fin approche (on ne croit pas les dires des enfants, mais on croit ceux des adultes) et d'autant plus que son "protecteur" l'appelle "mon ange" à plusieurs reprises et que les anges vont mourir. Quand il lui apprend qu'après 16 ans, elle viendra vivre chez lui, elle a compris : il a une famille. Chez lui, c'est sous terre. Alors, désespérément, elle cherche du secours et croit le trouver au manège. Il y a là un jeune garçon d' à peine 16 ans qui s'occupe des chevaux. Peut-être pourrait-il l'aider? Il a de beaux yeux. C'est sa seule chance. Elle l'approche. Il la regarde avec douceur. Tony s'en aperçoit. Elle est perdue. Alors, elle va tout raconter au garçon. Elle lui demande de la protéger, jour et nuit. Il accepte, l'amène à l'école, va la rechercher, veille sur son sommeil. Il s'appelle Erwin. Une nouvelle vie commence. Ils s'aiment. Ils s'épousent. Ils ont aujourd'hui quatre enfants, des chiens, des chevaux et plein d'autres animaux. L'amour est la plus grande valeur sur cette terre.

Comment a-t-elle pu tenir tant d'années? Elle avait beau se rappeler quelques phrases du catéchisme : "Honore ton père et ta mère" pourquoi? Puisqu'ils laissent déshonorer leur petite fille? Ce n'est pas faute de les avoir appelés à l'aide lorsque, désemparée, elle était livrée à des hommes par sa grand-mère. Ses parents ne répondent pas. Il y a des mères qui ne sont pas des mères: seulement des pondeuses. Il y a des pères qui ne sont pas des pères: seulement des mâles en activité génitale.

Démunie, solitaire, désespérée, ne trouvant aucun secours sur cette terre, elle en appelle à Celui, le Rédempteur, qui ne peut pas ne pas avoir pitié d'une de ses petites créatures, faibles et mal traitées. Pas de réponse. Rien. Le silence éternel de la compassion divine l'attriste, l'étonne. Elle est donc maudite. Ce qui lui arrive est mérité puisque personne ne l'aide.

Le jour où elle va se décider à faire le grand saut, un petit fil la retient, l'amour qu'elle a pour Clo et le serment qu'elle a fait : "tôt ou tard, je raconterai Clo."

Elle aurait voulu oublier, parce que la haine est un mauvais sentiment, la haine amoindrit. Mais il existe une règle d'or: ce qu'on m'a fait à moi, je veux bien l'oublier, mais jamais ce qu'on a fait à d'autres, à ceux que j'aimais. Puisqu'ils ne sont plus là, eux, pour oublier et peut-être pardonner, je prendrai leur place et me transformerai en vengeur: "si l'on te frappe sur une joue, tends l'autre joue." Et quand il n'y a plus de joue? La seule issue, c'est la recherche et la punition des tortionnaires. Comme pour les camps de concentration. L'oubli est une forme de lâcheté et la vengeance, une forme de fidélité. Cela serait si bien, pour les coupables, pour les bourreaux, comme si cela n'avait jamais été, comme si cela n'avait été qu'un mauvais rêve. Et pourquoi pas un rêve? C'est ce qu'on dit dans les médias : les témoins rêvent à haute voix, ils fantasment. Et le père de Regina dira un jour à Erwin qui va se plaindre : "C'était il y a si longtemps!..."

Il fallait un déclic. Ce sera le visage de deux petites filles retrouvées : Sabine et Laetitia. Il y a donc en Belgique de braves gens, de bons gendarmes et un bon juge qui ont empêché ces deux jeunes filles de mourir et les ont ramenées à la vie.

Regina hésite encore : "se rappeler les horribles moments de son enfance alors que je me sens si bien avec Erwin, mon sauveur, mes petits enfants et mes animaux." C'est son amie Tania qui va réussir à la décider. Mais Regina parle le flamand et le juge Connerotte le français. C'est un gendarme, qui se trouve là par hasard, Patrick De Baets qui traduira. Elle prend rendez-vous. Pour la protéger, on lui donne un nom de code: Xl (témoin n° 1), comme on en donnera aux autres: X2, X3, X4,... Elle est écoutée, rassurée. L'enquête semble mener bon train. Mais le train va s'essouffler et presque s'arrêter. On vous expliquera comment on peut, dans un pays démocratique et apparemment civilisé, éviter aux coupables d'être arrêtés, comment on s'y prend pour éviter aux bourreaux d'être châtiés. On ne peut s'empêcher d'être indigné. Le juge Connerotte est dessaisi du dossier sous prétexte qu'il avait participé avec cent autres personnes à un "repas spaghetti" destiné à fêter le retour à la liberté de Sabine et Laetitia. Il avait accepté de répondre à l'invitation. Il se trouvait placé à une table éloignée de celle des parents et des deux jeunes filles, avec lesquels il n'a pas parlé. Mais cela a suffi : par sa présence dans la même salle que les victimes, il a fait preuve d'un manque d'objectivité. Le bon juge c'est celui qui réserve une place égale à la victime et aux bourreaux. Comme le disait jean-Luc Godard : "L'objectivité, c'est 10 minutes pour Hitler, 10 minutes pour les juifs." Petites filles belges, disparues et assassinées, ce jour où on a retiré le dossier au juge Connerotte, on a commencé à vous oublier. On ne sait déjà pas où vous êtes enterrées, et on vous enterre pour la deuxième fois. Il faut protéger les gens puissants. Ceux qui font marcher les affaires. Ceux qui font marcher l'État : politiques, magistrats et policiers. Vous n'êtes que de pauvres petites filles, vous n'avez pas fait vos preuves dans la vie. Vous avez servi à des hommes qui aimaient la chair fraîche. Et alors? Vous n'étiez responsables d'aucun des rouages de la Société, vous y étiez seulement de jolies, d'insouciantes, de merveilleuses petites filles qui avanciez confiantes, vers la vie et qui avez été humiliées, souillées, mal traitées et finalement assassinées. Reposez en paix. La justice belge veille sur votre sommeil et ne souhaite pas qu'il soit troublé. Elle protège les assassins qui valent mieux que vous pour une seule raison : ils sont vivants, haut placés et peuvent encore nuire.

On ne croit pas les enfants : rien à ce qu'ils disent, à peine ce qu'ils disent une fois devenus adultes. Le monde des adultes, c'est celui de la directrice d'école, à laquelle une enfant de 10 ans se plaint de sévices exercés avec l'accord de ses parents et qui téléphone immédiatement devant l'enfant à la grand-mère : "tu devrais être contente d'avoir des parents et une grand-mère pareils." Le monde des adultes, c'est une mafia qui prend parti contre les enfants. C'est ainsi qu'en France, lors de la révélation de l'existence de vidéo cassettes mettant en scène de jeunes enfants, presque des bébés, victimes d'attouchement et de viols par des hommes d'âge "mûr", des vieillards ou même des animaux, quelques personnes qui menaient au grand jour une vie d'industriel, d'homme politique ou d'éducateur, en vinrent à se suicider, face à la mise à jour de leur double vie. Et certaines autorités morales ou intellectuelles, s'en sont pris à la presse, qui avait imprimé les noms d'inculpés pris en flagrant délit. Ils mettront en doute les images de ces cassettes et il faudra qu'un gendarme vienne me dire : "Docteur, vous ne pouvez pas savoir ce qu'on a vu. Un de mes hommes est sorti de la salle pour vomir... "

L'explication des mâles devant des filles violées demeure: elles provoquent ou elles fabulent; elles ne sont pas normales. Ou bien comme un gendarme à Regina : "Avouez que vous aimiez cela". Ou bien encore, comme un autre gendarme, lors de l'expulsion des "sans papiers" de l'église Saint Bernard à Paris en août 1996, à propos d'une actrice qui avait pris leur parti : "Ne la mettez pas dans le car avec les Noirs, cela lui ferait trop plaisir."

Bassesse des mâles, quand ils font étalage de ce qu'ils aiment appeler leur "petit joujou", qui occupe une si grande place dans leurs pensées!

Quand Regina décrit les meurtres auxquels elle a assisté, elle ment ou se trompe : Véronique D., fille de notable de Gand, tuée et torturée en 1985 serait décédée d'un "cancer" (quel cancer?), déclaration faite par deux médecins dont l'un appartiendrait au réseau. L'exhumation du corps, la saisie du dossier médical, demandées par les enquêteurs, sont refusées par le parquet de Gand.

Clo (Carine Dellaert), morte au cours d'un accouchement sans surveillance médicale n'était (d'après le parquet de Gand et contrairement à ce qu'écrit le rapport d'autopsie) peut-être pas enceinte. D'ailleurs, Regina a pu confondre avec une autre Clo. Mais, même alors le problème demeure entier puisqu'une jeune fille nommée Clo est morte en accouchant. Pas d'enquête.

La mort de Chrissie, torturée et violée dans ses dernières heures, pour avoir envisagé de parler à ses parents et dont le corps a finalement été brûlé dans la cave d'une champignonnière, (cave, dont la description est faite avec exactitude par Regina), n'a donné lieu à aucune confrontation avec ceux qu'elle avait vu les torturer. D'ailleurs, les parents de Christine ne croient pas au témoignage de Regina et cela suffit aux éventuels enquêteurs : ces derniers pensent que les blessures portées par le corps de Christine avaient "d'autres origines." Lesquelles?

Regina est mal vue ou mal ressentie par les parents des victimes disparues : elle est vivante et mène actuellement une existence heureuse dont ils auraient tant aimé que leurs enfants puissent profiter un jour. Les mères pensent, comme toutes les mamans du monde: "Je sais maintenant que je ne la reverrai plus. Je sais qu'elle est morte. Mais faites qu'elle n'ait pas souffert, que ce soit arrivé vite! Tout ce que raconte cette Regina est fou, impossible, insupportable. Je ne peux pas la croire. Elle invente. Car si ce qu'elle raconte est vrai, alors... Non. Non! Je ne peux pas le croire, je ne veux pas le savoir. Cette Regina est folle. Sinon c'est moi qui deviendrais folle jusqu'à la fin de mes jours."

Pauvres mères affolées, attristées, misérables, permettez moi de vous dire notre compréhension et notre tendresse. Mais c'est au nom de vos enfants perdus, de ceux qui peuvent disparaître demain, que nous devons lutter.

Quelques questions à la justice:

Pourquoi le commandant de gendarmerie Duterme, alors qu'en 1997 les enquêteurs voulaient réaliser une cinquantaine de perquisitions, a-t-il réduit cette enquête à deux perquisitions, dont une chez Madame Regina Louf?

Pourquoi, le 23 avril 1998, alors que la confrontation avec Tony, avait mené celui-ci a reconnaître qu'il avait abusé sexuellement de Regina de différentes manières dès l'âge de 12 ans, que cela arrivait plusieurs fois par semaine et que, d'ailleurs, il disposait de la clé de la maison parentale confiée par la mère, qu'il avait, un jour de fête gantoise, "prêté" Regina à un ami (dont il livre le nom), qu'il forçait les amies de Regina à des jeux sexuels, - pourquoi, après ces aveux, les magistrats ont-ils décidé de clore les dossiers, y compris celui de X1. Et cela, le jour même où Dutroux avait tenté de s'évader? Le juge, Madame De Rouck, a déclaré que les rapports de Tony et de Regina constituaient un simple fait divers et que d'ailleurs, "il a eu une relation avec elle mais c'est elle qui était amoureuse et elle était formée comme une adulte." Que sont devenus vos 12 ans, Madame la juge?

Pourquoi les auditions de Xl, qui ont duré huit mois, de septembre 1996 à mai 1997 et après la relecture de ces procès-verbaux, qui a entraîné la mise sur la touche du gendarme De Baets et qui a également duré huit mois, de mai 1997 à février 1998 ? Pourquoi le Procureur Général de Liège, Madame Anne Thilly a-t-elle jugé bon d'en refuser la lecture à Monsieur Verwilghen, président de la commission parlementaire d'enquête dite commission Dutroux-Nihoul?

Femmes, qui avez demandé avec raison, pour un évident motif de justification démographique et de respect humain, que la parité soit établie en politique entre les deux sexes, pourquoi certaines d'entre vous, ont-elles cru bon d'ajouter que "le monde irait mieux s'il était dirigé par des femmes?" Pas mieux que par des hommes. Il y a des hommes qui sont des monstres, et des femmes qui sont leurs protectrices ou, pour utiliser un langage populaire, on peut trouver des "vendus" dans les deux sexes.

L'enquête peut être éteinte par la volonté d'autorités qui ne souhaitent pas que la Société, et que le pouvoir auquel ils tiennent tant, soit mis en cause, qu'elle tremble sur ses bases.

Mais que Messieurs les bourreaux ne se sentent pas quittes. Nous connaissons leur nom et nous savons qu'un jour ils seront châtiés.

D'abord, à tout Seigneur, tout déshonneur, au plus âgé, à "Pépère", ancien responsable politique, vous qui l'avez violée et maltraitée dès l'âge de deux ans.

A vos côtés (respect pour l'âge), la grand-mère, Cécile Bernaerts, sur laquelle la justice des hommes n'aura plus à s'exercer puisqu'elle a cru être rappelée à Dieu vingt cinq ans après qu'elle ait commencé l'apprentissage à l'esclavage sexuel de sa petite fille. On ne peut s'empêcher d'être satisfait qu'une telle personne ne soit plus de ce monde. Dommage que l'enfer n'existe pas!

Auprès d'elle, les deux parents, Christiane et Georges Louf, qui, après avoir laissé prostituer leur fille dès son jeune âge l'avaient "confiée" à l'âge de 12 ans à un maquereau.

Vous, justement, le maquereau, le souteneur, le tortionnaire, qui entriez dans sa chambre à n'importe quelle heure, parce que vous aviez la clé, Monsieur Antoine V., dit Tony, converti du toilettage aux films publicitaires et à l'import-export. Et votre copain, "le représentant", à qui vous avez prêté l'enfant au cours d'une promenade et dont vous avez balancé le nom à la police?

Et vous tous, qui participiez aux partouzes et qui vous amusiez de la peur des enfants violés : Monsieur le baron B., Maître D., avocat et Monsieur B. marchand d'armes, tout à côté de l'inévitable Tony et de Nihoul dit "Mich" qu'accompagnait son amie car il y avait parfois des femmes et c'était encore plus dangereux, car elles riaient et engageaient les hommes à frapper.

Parmi vous, le fameux baron dit "Rik" qui a sorti un couteau pour menacer la pauvre fille qui allait accoucher et dont l'enfant a été tué à l'arme blanche.

Et vous, le vieux banquier qui accompagniez Clo à la fin de sa vie alors que vous saviez qu'elle était condamnée.

Et vous, Monsieur l'avocat radié du barreau, qui avez assisté à l'accouchement de son petit garçon, alors qu'elle avait 12 ans avec trois autres hommes, et qui l'avez violenté pendant ses contractions?

Et vous, beau-frère du baron, dit "Jo" qui avez forcé le doigt d'une petite fille à appuyer sur la gâchette au cours d'une partie de chasse pour tuer l'une d'entre elles ?

Et vous, Monsieur L., président d'un grand groupe industriel?

Vous êtes tous connus, répertoriés, membres éminents de la société. Ce qui domine chez vous tous, grands bourgeois, faux aristocrates, hommes d'affaires, avocats, médecins ou simples voyous, et que nous débusquerons tous (soyez-en sûrs), c'est votre vulgarité, votre bassesse.

Pas un animal au monde, qui ne pourrait vous donner des leçons de noblesse!

Tous vos noms sont connus, et si nous ne les inscrivons pas, c'est pour que vous ne fassiez pas interdire ce livre, en protestant de votre honneur que vous avez tant souillé.

Mais il n'y a pas que les bourreaux, il y a ceux qui les protègent, directement ou indirectement.

Monsieur V., professeur de néerlandais, vous aviez immédiatement pris le parti des adultes-parents-bourreaux contre une petite fille apeurée. A quoi vous sert votre métier de pédagogue?

Madame la directrice d'école, vous avez réservé votre compassion aux parents et à la grand-mère à qui vous avez téléphoné devant la victime pour se plaindre de ses affabulations. A quoi vous a servi votre éducation religieuse?

Et vous, Docteur J., médecin de la grand-mère, médecin de famille, qui assistiez les bourreaux, vous avez déshonoré votre profession. Comment s'étonner qu'il y ait eu de tels médecins à Auschwitz? Comment s'étonner qu'il y en ait en ce moment aux États-Unis, pour aider à la condamnation à mort des prisonniers?

Au contraire de tous ceux et celles qui ont joué le rôle de frein lors de l'enquête - (Monsieur S., procureur à Gand, Monsieur Van Espen, juge d'instruction, Madame Paule Somers, substitut à Bruxelles, Madame Anne Thilly, procureur général à Liège, le Commandant de gendarmerie Duterme, Madame De Rouck, juge d'instruction) - honneur à tous ceux qui se sont efforcés de faire connaître la vérité, qui ont fait honneur à leur profession et au peuple belge :

Honneur à Jean-Marc Connerotte, juge d'instruction à Neufchâteau, grâce auquel deux petites filles ont été retrouvées,

Honneur à Michel Bourlet, procureur à Neufchâteau qui a permis en outre de reprendre rapidement Dutroux après son évasion, grâce à l'annonce rapide qu'il n'était pas armé.

Honneur au magistrat national Van Dooren,

Honneur au gendarme Patrick De Baets qui a mené les premières auditions et aux autres gendarmes: Aimé Bille, Rudy Hoskens, Miche Clippe, Stéphane Liesenborgs, Christian Pirard.

Honneur au président de la commission d'enquête parlementaire Marc Verwilghen et à tous ses membres.

Honneur à un psychiatre, Marc Reisinger, qui a choisi dès le début le parti des victimes.

Honneur aux journalistes du Morgen (Douglas De Coninck, Annemie Bulté) et de Télé-Moustique (Michel Bouffioux et Marie-Jeanne Van Heeswijck), qui ont décelé très vite les failles de l'instruction et qui poursuivent leur oeuvre salutaire.

Honneur au professeur Igodt qui, à la tête d'un Collège de psychiatres, a affirmé (contrairement au désir de nombreux enquêteurs), que Regina n'était pas folle, qu'elle était saine d'esprit et qu'on pouvait la croire.

Honneur à Madame Bie Heyse, qui a écouté, aidé, soutenu une patiente presque détruite par ses jours passés, qui lui a permis de revivre et qui fait honneur au beau métier qu'elle exerce : médecin.

Honneur à Tania, l'amie qui a poussé Xl à témoigner et qui l'a chèrement payé.

Honneur à Poffie, le chien, à Tasja, la jument, à tous les animaux auprès desquels une enfant perdue a pu retrouver une tendresse inconnue des adultes qui l'entouraient.

Honneur à Erwin, qui a montré que l'amour et le courage étaient plus forts que le crime et les assassins organisés.

Honneur à tous ceux sur cette terre, qui contre ceux qui disposent du pouvoir et de l'argent pour étouffer la vérité, font entendre leur voix, parce qu'elle est celle de la justice .

Honneur au peuple belge qui va obliger la magistrature à instruire le dossier de ces réseaux d'assassins, jusqu'à obtenir la condamnation de tous les participants à ces crimes et qui le fait au nom de tous les enfants qu'il tutoie dans son coeur et qu'il appelle secrètement par leurs prénoms: Julie, Mélissa, Élisabeth, Ann, Eefje, Loubna, Kim, Ken, Clo, Chrissie et tant d'autres...

LEON SCHWARTZENBERG

 

Préface

Epilogue

Chapitre 13

Chapitre 23 

Chapitre 28

Chapitre 63

Chapitre 68

Chapitre 69

Chapitre 79

Chapitre 83

Chapitre 84

Chapitre 85

Chapitre 86

Chapitre 89

Postface