Chapitre 23 

 
Je connaissais ma valeur exprimée en argent. Mais Tony me racontait parfois que cela ne constituait qu'une partie de ma véritable valeur. Celle-ci s’inscrivait dans les contrats. En m’utilisant, certaines figures centrales pouvaient conclure des contrats avec lesquels ils gagnaient beaucoup d'argent et d'autres avantages. Les personnes avec qui ces contrats étaient passés n'avaient souvent pas d'autres choix. Ils étaient piégés.

Mich, Tony ou un autre membre du noyau dur, emmenaient leur proie au restaurant. Ils bavardaient, mangeaient, buvaient. L’invité connaissait vaguement le motif véritable de l’invitation, mais rien n'était brusqué. Après le dessert et l'indispensable pousse-café, Tony avait soudain une "idée". Il connaissait une chouette petite fête où ils pourraient passer. La plupart des proies fonçaient dans le piège les yeux fermés. Tony ou Mich les conduisaient toujours, de telle sorte que l’invité ne puisse pas s'en aller seul. Ils se rendaient dans une villa, où l’invité était présenté, particulièrement aux femmes.

Après quelques verres, des jeunes filles de seize ou dix-sept ans arrivaient. La ou les proies étaient si entamées qu'elles ne voyaient aucune objection à prendre ces Lolita sur les genoux. Ces hommes étaient alors emmenés dans des chambres où nous, les filles de moins de seize ans, les attendions. Ils prenaient souvent peur - malgré l'alcool qui les abrutissait - mais nous étions entraînées à leur faire franchir le pas. Nous étions d’ailleurs punies s'ils ne couchaient pas avec nous. Après l'acte, nous leur racontions qu'ils avaient été filmés. Ils le croyaient toujours. Les filles habituées comme moi savaient que c'était la plupart du temps du bluff, sauf pour les personnes réellement importantes.

Il était inquiétant de voir que peu d’hommes refusaient par principe. Ils trouvaient rapidement normal d’avoir des rapports sexuels avec des enfants. Leur système de valeur changeait facilement. Les enfants sont des putes nées. Elle le désirent elles-mêmes, elles le provoquent même. Elles sont si pures, ce sont leurs plus belles années. Il vaut mieux qu’elles apprennent avec nous, plutôt que d'être violées??Mille et une excuses pour se dégager de toute responsabilité. Et dès qu'ils s'étaient persuadés eux-mêmes, ce qui se passait à la vitesse de la lumière, ils nous en persuadaient également. Les filles notaient leur score. Deux qui ont refusé la première fois, un seul, aucun?

Clo se faisait une gloire de coucher chaque fois directement. J'en avais eu un qui s'était assis sur mon lit, mais " ne l'avait pas fait ". Il ne pouvait pas et il fallut un ou deux mois pour qu'il franchisse le pas. Il savait qu'on le ferait chanter de toute façon - qu'il fasse l’amour ou non - puisqu'il était resté seul avec moi dans une chambre. Il lui fallut quand même quelques mois avant de coucher avec moi. Et c’est moi qui l’avais entraîné à le faire. En réalité, je me sentais plus en sécurité en faisant l'amour avec lui qu'en faisant semblant. Je savais parfaitement que si notre secret transpirait, c’est moi qui serais punie et pas lui.

Souvent, les proies étaient introduites par un membre de leur famille, un ami politique, ou une relation. Après les avoir testées un peu, on les introduisait dans le cercle où l’on utilisait des filles très jeunes. Plus les filles étaient jeunes, plus le client avait de valeur pour le réseau. Le même raisonnement valait pour la violence. Plus un bourreau était violent, plus il était utile au système. Mon groupe principal de bourreaux se composait seulement de dix ou quinze hommes, mais ceux-ci possédaient énormément de pouvoir dans le réseau et au dehors. C'étaient des membres éminents du monde politique, des affaires, de la justice et de la police.

Ils avaient tant de pouvoir qu'ils pouvaient se permettre de considérer les enfants comme de la viande à consommer. Ils en avaient les moyens. Ils jetaient des masses d'argent sur la table pour satisfaire leurs désirs, et dans le réseau c’était possible. Ils étaient les principaux consommateurs de films et de photos pornographiques régulièrement réalisés avec des enfants.

- Tout est à vendre, rabâchait souvent un des plus importants bourreaux, et chaque chose a son prix.

Les films étaient tournés dans des locaux industriels. J'y étais souvent amenée, les yeux bandés, mais je pouvais sentir par où j'étais conduite. Des années plus tard, j’ai pu retrouver le chemin de cet endroit en sentant les virages, les yeux fermés.

 

Préface

Epilogue

Chapitre 13

Chapitre 23 

Chapitre 28

Chapitre 63

Chapitre 68

Chapitre 69

Chapitre 79

Chapitre 83

Chapitre 84

Chapitre 85

Chapitre 86

Chapitre 89

Postface